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  • Audrey Marty

Nina Simone, she puts a spell on us!!

Mis à jour : juin 16



  • Connaissez-vous Nina Simone ? Savez-vous quelle a été sa vie et combien son existence a marqué pour longtemps la vie des femmes noires américaines, mais aussi, la vie de toutes les femmes ! Elle est de ces personnalités qui, la force de leur caractère contribue à changer le monde. Et en tant que femme, je ne la remercierais jamais assez. Ce sont des femmes comme elles qui nous ont appris à être libres, et pour cette grande et belle raison, je ne pouvais faire autrement que de lui rendre hommage ! Nina Simone, she puts a spell on us ! (elle nous a jeté un sort, en référence à sa fameuse chanson, de nombreuses fois reprises "i put a spell on you")

     Nina Simone, de son vrai nom Eunice Kathleen Waymon, est née le 21 Février 1933 à Tyron dans l'état de la Caroline du Nord aux USA. Son pseudonyme, elle le doit en partie à un de ses premiers petits amis qui l'avait tendrement surnommée "Nina", petite fille en espagnol, et au prénom d'une actrice française qu'elle admirait beaucoup Simone Signoret. Issue d'une famille modeste, sa mère est femme de ménage et son père tient un pressing, elle sera la sixième des huit enfants du couple. Avant sa naissance, en 1929, la crise touche gravement les USA contraignant ses parents à déménager dans un des quartiers les plus pauvres de Tyron. Mais, la petite Eunice est douée pour la musique et le chant, ce qui va lui permettre d'échapper à la pauvreté.



  • Dès l'âge de 3 ans, elle apprend à jouer du piano. Elle chante ensuite, régulièrement, à l'église locale. A 12 ans, elle donne son premier récital classique. Elle se fait alors remarquer par Miss Miller qui croit en son talent, et convainc ses parents de la confier à Miss Mazzy, une professeure de piano. Ainsi, elle commence à prendre des cours qui lui sont payés par une levée de fonds réalisée par Miss Miller. Pendant un an, tous les vendredis matins, Nina va se rendre chez Miss Mazzy (qu'elle surnommera affectueusement sa deuxième maman, sa "maman blanche"). Lorsqu'elle découvre la maison de sa professeure, elle est si peu habituée au confort qu'elle dira plus tard qu'elle faillit s'évanouir tellement c'était beau !

     A raison de trois heures de piano par jour, son talent se développe très vite, si bien qu'alors âgée de 12 ans, sa professeure déclare qu'elle n'a plus rien à lui apprendre, l'élève a dépassé le maître. Elle encourage alors ses parents à l'inscrire dans un pensionnat, le lycée Allen, situé à 8O km de leur domicile. Nina y entre en 1945 et en ressort, 5 ans plus tard, major de sa promotion.

  • La fierté de ses parents est immense. Pour eux, elle est en passe de devenir la première concertiste classique noire d'Amérique ! Elle se prépare alors pour entrer dans un prestigieux institut de Philadelphie en suivant une formation à la Juilliard school of Music de New-York. Seule noire de sa promotion, le jury ne retient pas sa candidature. Pour elle, c'est une grande déception ! Sa couleur de peau n'est pas celle d'une concertiste classique. Et c'est à cause de ce racisme latent qu'elle aura toujours, chevillé au corps, cette rage et cette volonté de lutter contre les exclusions de toutes sortes !



     Durant tout son parcours de jeune fille et son apprentissage, elle assiste parfois impuissante à des actes de racisme. Dans ses mémoires, elle évoque un épisode particulier, lors de son premier récital, dans l'église de son quartier. Installés au premier rang, ses parents sont obligés de céder leurs places à des blancs. Alors âgée de 12 ans, elle va protester en refusant de jouer si ses parents ne figurent pas au premier rang, et elle aura gain de cause ! Son engagement futur pour la lutte des droits civiques des noirs est celui de toute une vie. Dès le début de son existence, elle a su qu'il lui faudrait se battre pour s'en sortir. Ses origines sociales, sa couleur de peau et son statut de femme, autant d'obstacles insurmontables, qu'elle sut transformer en force.

     Partagée entre la musique gospel, sa culture familiale et les compositeurs classiques Beethoven, Bach... qu'elle joue à la perfection, (elle avait le don de l'oreille absolue), elle sort son premier album "Little blue girl" en 1958. S'en suivront plus de 500 chansons et 60 albums jusqu'à sa mort à 70 ans en 2003. Entre jazz, soul, rythm'n'blues, elle crée son propre style. Sa voix grave et puissante si reconnaissable chante des textes forts et poétiques sur la liberté, l'amour, l'espoir, la lutte contre l'exclusion des noirs à une période où le racisme en Amérique est à son paroxysme.



  • C'est une femme forte, engagée qui, malgré le succès, reste la même, s'exprimant avec ses mots et son piano. La musique c'est sa vie, son âme et son arme, elle s'en sert pour faire bouger les consciences et montrer la voie d'un monde égalitaire. Pas besoin de longs discours, voici les paroles de ses chansons.


     To be young, gifted and black (être jeune, talentueux et noir) :

-" Dans cet immense monde, il y a un million de garçons et de filles qui sont jeunes talentueux et noirs, nous devons commencer à dire à nos jeunes qu'il y a un monde entier qui les attend.

-Aujourd'hui nous pouvons être heureux de ce jour où nous sommes tous fiers de dire

que nous sommes jeunes, talenteux et noirs ! "





Mississipi Goddam! (Mississipi, bon Dieu, ou nom de Dieu !) :

  • Cette chanson a été écrite par Nina pour dénoncer les violences des policiers faites sur les manifestants lors des marches pour les droits civiques des noirs.En effet, dans les années 60, les tensions raciales au sein des États-Unis sont à leur paroxysme, les voix de Martin Luther King et Malcom X se font entendre, Nina est à leurs côtés. Trois grandes manifestations pour les droits civiques des noirs sont organisées, on dénombre pas moins de 40 000 personnes dans les rues, l'une d'elle finie en bain de sang et sera rebaptisée "bloody sunday" dimanche sanglant. Les manifestants sont accueillis par les matraques et gaz lacrymogène. Suite à ces débordements policiers, Nina écrivit cette chanson et l'interpréta lors de la dernières de ces manifestations à Montgomery. Plus tard, ces marches seront baptisées les marches de Selma, en hommage à la première ville où elles eurent lieu, Selma dans l'Alabama.


Extraits de Mississipi Goddam :


-" Le nom de cette chanson est " Le Mississippi, bon dieu " et je pense chacun des mots qui la compose,

- l'Alabama m'a rendu folle de rage, le Tenesse m'a fait perdre le sommeil et le Mississipi tout le monde sait ce qu'il en est!

(En plus des combats de rues pendant les manifestations, des attaques du Ku Klux Klan se multiplient notamment le meurtre de l'activiste noir Medger Evers dans l'état du Mississipi et la mort de quatre enfants noirs lorsque le Ku Klux Klan a fait exploser une église en Alabama)

- Que dieu ait pitié de mon pays. - Nous aurons tous ce que nous méritons quand le moment sera venu

- Moi et mon peuple on te parle juste d'un dû - Ils continuent à dire " Allez doucement " (en référence aux discours des progressistes estimant que les changements devaient se faire progressivement pour ne pas heurter la majorité blanche) - Mais c'est justement le problème " Vas y doucement " - Laver les vitres " Vas y doucement " - Ramasser le coton

" Vas y doucement "

- Vous êtes de sales fainéants - Les piquet de gréve - Le boycott des écoles - Ils veulent nous faire croire que c'est un complot communiste

(tout à cette époque qui allait à l'encontre du gouvernement américain était taxé de communiste, ce fut le cas de Nina Simone ou de Charly Chaplin contraints à l'exil) - Tout ce que je veux, c'est l'égalité pour ma soeur, mon frère et moi"


  • Nina Simone ne capitulera jamais, elle s'opposera également à la guerre du Viêt-Nam et refusera de payer ses impôts en guise de protestation. Elle devra alors s'exiler dans les années 70, d'abord à la Barbade, puis au Liberia, sur l'invitation de son amie Miriam Makeba, chanteuse très engagée contre la lutte de l'appartheid en Afrique du Sud auprès de Nelson Mandela. Puis, en Suisse et pour finir, en France où elle s'éteint, le 21 Avril 2003, dans sa villa à de Carry-le-Rouet dans les Bouches-du-Rhône. Elle laisse derrière elle une fille, Lisa Celeste et une seule et grande déception comme elle l'explique à Eve Ruggieri dans une émission de TV français. En pleurs, elle dit qu'elle regrettera toujours de ne pas avoir pu concrétiser l'espoir des siens : être la première soliste classique noire d'Amérique.



Sa fille a longtemps voulu s'éloigner de l'image de sa mère, femme forte au caractère bien trempée, et s'est empêchée de faire de la chanson. Elle aura attendu d'avoir 52 ans pour sortir son propre album, le 9 Octobre 2014, avec ses propres compositions. Tout ce temps pour enfin se réconcilier avec une mère absente, excessive parfois, qu'elle a dû partager avec le public.

    

A propos de sa mère elle dit : " Quand j'étais enfant, j'étais souvent seule et je me souviens que je pleurais quand elle partait mais, dans cet album, je voulais lui dire que, malgré son sentiment de culpabilité, je savais qu'elle avait fait de son mieux. Je lui ai pardonné. Mais, quand elle partait, elle me manquait... Et elle me manque encore..."

     Aujourd'hui, elle va mieux, comme en témoigne son album "All is well" (tout va bien). Elle rend aussi hommage à la France où elle s'est installée récemment dans la villa de sa mère à Carry-le-Rouet : " pour la première fois dans mon coeur, j'ai l'impression d'être arrivée chez moi ", explique-t-elle, avec émotion. (source Le Parisien)



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