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  • Audrey Marty

Albert Ier de Monaco, un prince à la conquête des océans...

Mis à jour : juin 16


  • Albert Ier de Monaco fait parti de ces princes au parcours atypique, qui ne s'est pas laissé enfermer par le protocole et a suivi ses rêves jusqu'aux confins du monde. Très tôt, il fut assailli par le désir de naviguer et de s'échapper de son petit royaume. Pour un aventurier comme lui, il n'était pas envisageable de rester cloîtrer dans son palais de Monaco.

  Après avoir fait ses classes dans la marine espagnole, il pris part au conflit franco-prusse de 1870 comme lieutenant de vaisseau dans la marine de guerre française. Alors âgé d'une vingtaine d'année, le jeune prince se vit attribuer une Légion d'honneur pour sa valeureuse participation à l'effort de guerre. Cet épisode marquant eut une influence considérable sur le reste de son existence. Albert Ier va finir par s'affirmer comme un monarque pacifiste. Allant jusqu'à fonder, en 1903, l’Institut international de la paix à Monaco, l'ancêtre de l'ONU. Il tenta, en vain, de prévenir le premier conflit mondial en dissuadant le Kaiser Guillaume II de déclarer la guerre à la France. Profondément humaniste, Albert Ier pris la défense du capitaine Dreyfus. Même si il ne parvint pas à unir les hommes, le prince n'eut de cesse de mettre son énergie et sa fortune au service d'une noble cause, celle de la découverte et de la protection des océans.

  • Il aimait profondément la nature. Écologiste avant l'heure, il participa en son temps à promouvoir des idées naturalistes et à enrichir nos connaissances dans des domaines aussi variés que la biologie, la géologie, la cartographie, la topographie et la médecine.


     Adepte du progrès et des sciences, il se lança dans des expéditions maritimes d'un genre nouveau. A bord de ses quatre yachts, les deux Hirondelles et les deux Princesse-Alice, il parcourut les mers du globe, de la Méditerranée à l'Atlantique nord, du Cap-Vert à Terre-Neuve, il s'aventura dans les contrées les plus hostiles, secondé par un équipage hors-norme. A ses côtés, les plus grands scientifiques de l'époque firent, grâce à lui, de prodigieuses découvertes.

  • Entre 1885 et 1915, il mena pas moins de vingt-huit campagnes océanographiques. Par la suite, il fondera, en 1889, le musée océanographique de Monaco, ainsi que l'Institut océanographique de Paris en 1906, dont s'occupe encore aujourd'hui, son descendant, le prince Albert II de Monaco ( l'actuel Prince de Monaco est l'arrière-arrière-petit-fils d'Albert Ier).

     Albert Ier était un prince voyageur. Il semble qu'il ne se soit senti heureux que lorsqu'il naviguait aux quatre coins du monde. Depuis le rocher de Monaco, il aspirait aux grands espaces. Malgré ses longues absences, il a continué de veiller sur sa principauté qu'il contribua à moderniser. A la mort de son père le prince Charles III, Albert lui succède, le 10 septembre 1889. Âgé de 41 ans, Albert ne pouvait renoncer à sa passion pour la mer et les périlleuses campagnes scientifiques qu'il avait déjà réalisées. Il aménagea donc son emploi du temps pour suivre de front une carrière de navigateur et assumer ses fonctions de souverain. D'autant que la gestion d'une principauté, aussi petite fut-elle, n'était pas chose aisée. Sur un territoire exigu, l'organisation de l'espace demande une attention particulière. De nombreux travaux furent engagés par Albert Ier avant d'être poursuivis par ses successeurs. Le port fut entièrement repensé et ses structures modernisées. Le prince choisit d'améliorer la condition de vie de ses sujets en s'efforçant de leur facilité l'accès aux innovations techniques. Très vite l'électricité et le téléphone vinrent équiper les foyers monégasques. Une bibliothèque publique et un lycée furent crées. Il améliora la qualité de l'eau potable, il fit goudronner les routes et installer un tout-à-l'égout.

  • Le prince Albert Ier se présentait aux yeux du monde comme un souverain moderne, attentif au bien-être de ses sujets. Pour autant, le peuple monégasque aspirait à plus de démocratie et de partage des pouvoirs. En 1910, une période de contestations vit le jour, que l'on a baptisée, la révolution monégasque. Elle conduisit le monarque à renoncer à la monarchie absolue, alors en vigueur, pour l'élaboration d'une constitution.

     En 1910, les citoyens natifs de Monaco choisirent de manifester leur mécontentement auprès de leur souverain, l'accusant de privilégier les intérêts français. L'absence de terrains agricoles et d'usines poussaient les habitants à rejoindre les pays frontaliers pour trouver du travail. Le chômage touchait une large partie de la population. C'est dans ce contexte tendu que le Comité monégasque vit le jour. Devant la détermination de ses sujets, prêts à renverser la monarchie, le prince dut consentir à l'élaboration d'une constitution, ainsi qu'à la mise en place d'un parlement.

  • Par ses actions, les monégasques espéraient faire prévaloir leurs droits en obtenant le remplacement des citoyens français dans l'administration et la séparation des finances du prince de celles de l'État. Le 5 janvier 1911, la constitution fut promulguée.


    La propension d'Albert Ier pour le voyage fut telle qu'elle mit fin à son premier mariage. Il avait épousé, en 1869 au château de Marchais, Mary Victoria Hamilton, descendante des grands-ducs de Bade, écossaise par son père et allemande par sa mère. Ce mariage ne fut pas heureux. Les voyages incessants du prince et l'absence de tendres sentiments entre les deux jeunes gens eurent raison de cette union fragile. Peu après la naissance de leur unique enfant, le futur prince Louis II, lady Hamilton demanda le divorce. Elle s'enfuit alors dans sa famille sans laisser le temps à son époux de découvrir le nouveau-né. A partir de cet instant, Albert Ier n'eut qu'une relation épistolaire avec son fils qu'il finit par rencontrer en 1880, quand son divorce fut enfin validé par les autorités.

  • Albert Ier trouva enfin le bonheur conjugal auprès de la duchesse Alice Heine, une blonde franco-américaine. Veuve d'un descendant de Richelieu avec qui elle eut deux enfants, Alice fut la première américaine à entrer dans la famille princière de Monaco. Née à la Nouvelle Orléans, elle avait pour prestigieux parrain et marraine, Napoléon III et son épouse Eugénie. Albert Ier se remaria avec Alice Heine en 1889. Deux de ses bateaux d'expédition furent baptisés princesse Alice en son honneur. Ils n'eurent pas d'enfants.


     Quand la guerre franco-prussienne s'acheva, le prince Albert Ier renonça à une carrière militaire pour se consacrer aux voyages. Son premier navire, une goélette baptisée Hirondelle le mena aux îles Canaries, à Madère, aux Açores, ainsi que sur le littoral de la Grande-Bretagne. Il s'aventura non loin des côtes islandaises. Il poursuivit sa découverte du monde en voyageant en Europe, en passant par la Roumanie, jusqu'au Maghreb. Curieux de nature et doté d'une aisance linguistique, il était fait pour parcourir le monde. Il parlait couramment l'anglais, l'espagnol, l'allemand, l'italien et avait des notions de portugais. Il s'intéressait beaucoup à la culture des pays qu'il traversait et n'hésitait pas à se mêler aux populations locales. Féru d'histoire, il admirait les monuments et les sites pittoresques qu'il s'empressait de visiter. Ses diverses pérégrinations devaient lui inspirer un recueil de récits autobiographiques qu'il publia, en 1902, sous le titre évocateur, La carrière d'un navigateur. Mais c'est en explorant une grotte préhistorique située non loin de Monaco qu'il s'initia aux sciences. Son intérêt grandissant pour l'anthropologie et la préhistoire le poussèrent à s'engager plus encore sur cette voie.

     En 1883, il devint membre actif de la Société d'anthropologie de Paris. Il fréquenta alors de nombreux scientifiques issus des grandes facultés parisienne, la Sorbonne, la Faculté de Médecine. Il découvrit avec grand intérêt les théories de Darwin. Visiteur assidu du Muséum d'histoire naturelle de Paris, il fut, en 1907, l'un des membres fondateur de la Société des Amis du Muséum national d'Histoire naturelle.

  • Cet attrait pour la recherche et les nouvelles théories le poussèrent à organiser des expéditions d'un grand intérêt scientifique. Pour se consacrer pleinement à ce projet, le prince Albert Ier choisit de faire construire trois nouveaux yachts, puissants, rapides et aménagés pour recevoir à leur bord un équipement dernier cri. Équipés de laboratoires avec des tables anti-roulis, les navires pouvaient accueillir de grandes missions de recherche. Les scientifiques se pressaient pour rejoindre le prince savant.


     Le premier bateau mis à la disposition des chercheurs fut construit entre 1890 et 1891 sur les chantiers de Green de Blackwall, près de Londres. Baptisée Princesse Alice, cette goélette était un trois-mâts long de 53 mètres. Le second Princesse-Alice fut réalisé sur les chantiers de Laird de Birkenhead, près de Liverpool. Quant au second Hirondelle, il vit le jour en 1911, sur les chantiers de la Méditerranée à la Seyne. Équipé de deux hélices et d'une longueur de 82 mètres, il pouvait naviguer à plus de 15 noeuds. Les navires étaient entretenus avec soin et possédaient tout le confort moderne. Les innovations techniques y étaient légion.

  • Il y avait l'électricité à bord, la présence de chambres froides, de distillateur d'eau de mer, de tables à roulis et de tables éclairantes, le navire pouvait communiquer grâce à la télégraphie sans fil. Un opérateur de radio TSF rejoignit l'équipage vers 1900. Au fil des expéditions, le nombre de personnes à bord finit par augmenter régulièrement jusqu'à compter plus de 22 membres d'équipage.

     L'équipe scientifique qui se tenait aux côtés du prince lors de ses campagnes de recherche n'eut de cesse de se renouveler. Parmi eux, on pouvait noter la présence de Jules de Guerne, zoologiste et géographe et Jules Richard scientifique et collaborateur de longue date du prince qui devint par la suite, de 1900 à 1945, le directeur du musée océanographique de Monaco. Toutes les nationalités se retrouvaient à travailler ensemble, l'océanographe français Julien Thoulet, le chimiste écossais John Young Buchanan, un spécialiste du plancton, l'allemand Karl Brandt et un météorologue allemand Hugo Hergesell. Un artiste peintre était également en charge de faire des dessins des découvertes, parmi eux Louis Tinayre, Jeanne Le Roux ou William Smith, entre autre. Autour des membres scientifiques, il y avait un personnel naviguant chargé de mener à bien le quotidien, un médecin, un maître d'hôtel, un cuisinier, des valets et des lingères ainsi que des mécaniciens et des matelots.

     Durant les expéditions, le prince Albert Ier n'hésitait pas à tester de nouveaux procédés et utilisait toutes les innovations techniques existantes. Avec ses collaborateurs il mit en place une série d'appareils de recherche tels que des machines à sonder, des dynamomètres à ressort, des flotteurs... A ses côtés, Jules Richard inventa une bouteille de prélèvement d'eau et l'ingénieur Maurice Léger mit au point un sondeur à drague. Le prince lui-même contribua grandement aux avancées sur la connaissance des courants océaniques, sa carte générale bathymétrique des océans demeure sa contribution majeure dans ce domaine.

  • Les recherches des campagnes scientifiques du prince permirent la découvert de nombreuses espèces marines. Les spécimens récoltés furent analysés et étudiés par des spécialistes. Ce qui permit d'enrichir considérablement les connaissances en matière de bactériologie, de physiologie ou de parasitologie. Ainsi, en 1901, la découverte de plusieurs invertébrés au large du Cap-Vert permis aux physiologistes français Charles Richet et Paul Portier de découvrir, à partir du venin de physalie, le phénomène de l'anaphylaxie, la clé des réactions allergiques.

      Soucieux de partager ses découvertes avec le plus grand nombre, le prince multiplia les campagnes médiatiques et les publications, aussi bien dans la presse que dans des manuels scientifiques ou des ouvrages grand public. Il participa à de nombreux colloques et expositions à travers le monde...

      Les académies, les sociétés savantes se bousculaient pour le compter parmi leurs invités. Ce fut dans cette même volonté du partage des connaissances que le prince fit construire en 1901 le musée océanographique de Monaco et crée également en 1906, par le biais de la Fondation Albert Ier, l'Institut océanographique de Paris, rebaptisé en 2011 la Maison des océans et de la biodiversité. En créant une seconde Fondation en 1910, il permit la création, à Paris, de l'Institut de paléontologie humaine reconnue d'utilité publique. Il s'agit du premier centre de recherche au monde entièrement consacré aux origines de l'homme, constituant une étape essentielle dans le processus d'institutionnalisation de la paléontologie.

  • A propos de l'institut océanographique de Paris, Albert Ier justifia son choix par ce discours, prononcé à Madrid à la Société royale de géographie en 1912 : « Et j’ai fondé l’Institut océanographique où les savants de toutes les nations peuvent travailler en réunissant leurs efforts. Les laboratoires avec le Musée sont à Monaco dans un palais digne de l’humanité intellectuelle; le centre de diffusion nécessaire pour cette culture nouvelle est à Paris dans le monde universitaire ».

     A la fin de sa vie, le prince fut auréolé de nombreux prix et médailles. En 1909, il devint membre de la British Academy, l'académie nationale des sciences humaines et sociales du Royaume-Uni et reçu la médaille d'or pour sa participation active à la recherche scientifique. En 1918, le prince fut reçu à Washington et se vit remettre la médaille Alexander Agassiz par le National Museum. La médaille Alexander Agassiz est attribuée par l'Académie nationale des sciences pour une contribution originale en océanographie.

  • A sa mort, survenue le 26 juin 1922, le collaborateur et ami du prince Albert Ier, le docteur Jules Richard déclara, "ses intentions ont toujours été droites et dirigées vers le bien et vers un idéal élevé. C'était un homme de bien et de bonne volonté."



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