St Laurent ou Yves St Laurent?

Aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler de deux films français sortis cette année dont la particularité est d'avoir le même sujet: le couturier Yves Saint Laurent.

Pourquoi me direz-vous produire deux films sur le même sujet, la même année, et qui plus est, deux films français alors que le cinéma hexagonal est parfois malmené au niveau du box-office.

C'est un peu comme se tirer une balle dans le pied!

Et bien non, j'avoue, je suis allée voir les deux! Je reconnais que je ne serais pas aller les voir l'un à la suite de l'autre, mais étant donné qu'ils sont sortis à plusieurs mois d'intervalle, l'effet "bis repita" s'est moins fait ressentir.

Le premier est sorti le 8 janvier 2014, son réalisateur est Jalil Lespert, Pierre Niney et Guillaume Gallienne, tous deux sociétaires de la Comédie française, y interprêtent respectivement Yves St Laurent et Pierre Bergé, le compagnon de St Laurent.

Le deuxième est sorti le 24 Septembre 2014, son réalisateur est Bertrand Bonello, Gaspard Ulliel et Jérémie Régnier y interprêtent à leurs tours Yves St Laurent et Pierre Bergé.

Alors, quel est le verdict et qui sort vainqueur du match des St Laurent?

A dire vrai, les deux réalisateurs s'en sont sortis avec brio malgré les enjeux commerciaux et intellectuels et, les tentatives d'une partie de la presse de faire monter la mayonnaise médiatico-scandaleuse, en insistant sur le fait que Pierre Bergé a soutenu le film de Lespert plutôt que celui de Bonello. Tant de bruit pour pas grand chose!

Les deux films existent, ils sont différents et c'est tant mieux. Et si ce sujet a intéressé deux réalisateurs c'est avant tout parce qu'Yves Saint Laurent a marqué son époque, qu'il était un artiste complet avec ses extravagances, ses fulgurences et ses déchéances! Il était à la fois l'ombre et sa lumière, l'enfant gâté et l'homme a fleur de peau amoureux de Pierre Bergé et envoûté par le charme vénéneux de son amant terrible, Jacques de Bascher.

Ce qui différencie le travail des deux réalisateurs c'est le prisme par lequel ils ont choisi d'observer le couturier, la forme esthétique du film, sa narration rien n'est semblable et tout fonctionne.

Le film de Jalil Lespert s'est attaché à évoquer la vie du couturier en 1H45. Par petites touches de flashbacks disséminées ça et là, on y survole l'enfance, les premiers pas dans la mode. La part obscure de l'artiste est également présente, son mal-être et sa difficulté d'affronter la vie, prisonnier entre l'image de la marque St Laurent et son identité profonde d'artiste. Il est en proie aux démons des produits illicites et des amours interdits. Toute sa vie St Laurent souffrira d'un complexe d'infériorité " la mode ça n'est pas un art majeur, ça n'est pas un art du tout". Il ne se sent pas à la hauteur, bien souvent il doute, "ils attendaient tellement de moi, je ne pouvais que les décevoir". Ce qui nous amène au soutien indéfectible de Pierre Bergé "le talent, tu l'as, dit-il à Yves, le reste je m'en occupe". Car avant même de nous parler d'un artiste, ce film est un film d'amour. Yves St Laurent c'est Pierre Bergé et Pierre Bergé c'est Yves St Laurent, pour le pire et le meilleur! La complicité des deux interprêtes et leurs superbes compositions finissent de faire de ce film un petit chef-d'oeuvre.

L'autre St Laurent m'a touché par son esthétique et son sens élégant du montage, les gros plans sur les costumes, les coups de ciseaux, les petites mains qui s'agitent dans l'atelier. Yves St Laurent, au coeur de cette ruche, règne en Maître d'art, mais son inspiration dépend de son mental et la période de sa vie dont a choisi de nous parler Bertrand Bonello n'est pas celle qui est la plus simple.

Il est déjà connu, ses collections plaisent et sont attendues mais l'artiste est en manque d'aventures, il s'ennuit et n'aspire qu'à une chose aimer et s'ennivrer du parfum vénéneux des amants d'un soir. Il fait alors la connaissance de Jacques de Bascher, dandy mondain, amant de Karl Lagerfeld et de bien d'autres...

C'est là que se séparent radicalement les deux films, le premier met en avant le couple officiel, St Laurent/Bergé, le second, plus subversif, évoque le couple illégitime St Laurent/de Bascher (Louis Garrel réalise une belle prestation).

L'autre grande différence, et c'est ici que l'on peut dire que le soutien de Pierre Bergé a influencé le cours des choses, c'est l'autorisation d'utiliser les créations de St Laurent. Bertrand Bonello n'a pas eu le droit de s'en servir. Il a dû faire refaire les costumes par des couturiers ce qui finalement a rendu les ateliers de couture représentés dans le film plus vivants et pour cela bravo, c'est du travail minutieux, de la haute couture! Mais, car il y a un mais, à trop vouloir nous donner "sa" vision de la vie de St Laurent, (le film est truffé de scènes parfois assez drôles et bien souvent inventées dont celle avec le chien de St Laurent) le réalisateur emmêle les fils du vrai et du faux. Yves St Laurent n'est plus une personne réelle mais un personnage de fiction, au final, on reste sur notre fin avec un costume trop grand pour nous, dommage!

En résumé, si vous souhaitez voir un biopic sur la vie de St Laurent, procurez-vous le dvd du film de Jalil Lespert (sorti le 8 Mai 2014). Si vous préférez voir une interprêtation plus personnelle allez voir celle de Bertrand Bonello (sortie du dvd en janvier 2015). Ce qu'il faut retenir ce sont les interprêtations bluffantes de Niney et Ulliel qui parviennent à s'approprier le rôle à la perfection, à ce niveau ce n'est plus de la composition, c'est du sur mesure. Yves St Laurent ne méritait pas moins!

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