Une histoire politique du pantalon, livre à lire absolument!

Une étrange histoire que celle de ce morceau de tissu, anodin de nos jours et qui pourtant a su semer le trouble dans notre société. Qui croirait, qu'il y a 100 ans à peine, les femmes avaient encore besoin d'une autorisation signée de la Préfecture de police pour pouvoir se glisser dans un pantalon! C'est le monde à l'envers dirait-on, et bien non, ce fut notre monde bien longtemps et il faut lire ce livre pour se rendre compte du chemin parcouru!

Hommes ou femmes, ce livre s'adressent à tous et il est à mon avis nécessaire de l'avoir dans sa bibliothèque personnelle. Car, ce n'est pas seulement du pantalon dont il est question mais, du symbole du pouvoir des hommes sur la femme, de l'obscurantisme de certains, de la peur de ne pas différencier les genres masculin, féminin, de la perte des repères et des conventions d'une société patriarcale. Le pantalon fait peur car, il sacralise à lui tout seul de nombreux symboles, il a déchaîné les passions et fait couler beaucoup d'encre! Cette petite histoire est loin d'être un détail de la Grande Histoire. Elle a changé fondamentalement la place de la femme dans la société et elle a surtout été le point de départ d'un courant de pensées toujours d'actualité, le "féminisme"!

Nombreux sont ceux qui voient le féminisme comme un combat contre les hommes et même une volonté de faire des femmes des hommes comme les autres. Non, pour moi ce n'est pas ça! Être féministe, c'est se battre pour l'égalité des droits et des devoirs des deux sexes, sans distinction. Naître avec des attributs féminins ou masculins est le fruit du hasard, cela ne doit pas être, et en aucun cas, une fatalité et définir notre destiné. Pour en revenir au pantalon qui, selon certains, ne devaient pas être une tenue convenable pour une femme de par sa nature, Rosa Bonheur, une artiste peintre, une des rares femmes autorisée à la fin du XIX ème siècle, avait eu l'intelligence de dire: "le pantalon est tout à fait naturel, la nature ayant donné deux jambes à tous les êtres humains sans différence de sexes!"

Alors que dans de nombreux pays, les femmes sont traitées en objet et n'ont aucun droit, ce genre de lecture me semble être une évidence. En tant que femme, il faut savoir ce qu'a été le long parcours de nos aînées pour se rendre compte de ce qu'a été leur combat. En fait, lorsqu'on enfile un jean, on fait un acte révolutionnaire! On se berce d'illusion en croyant que la grande révolution vestimentaire pour les femmes est: l'invention de la mini jupe! Ce n'est pas cela être une femme libre et émancipée. Tout ne doit pas être une question de séduction ou de sexualité. Pour certain, je vais sans doute apparaitre comme une vieille blasée qui ne supporte pas la vue de jolies jambes qu'elle n'a plus ou n'a jamais eu. Et bien, qu'il en soit ainsi mais, je ne peux qu'avoir envie de rire quand je vois des jeunes artistes telles que Beyoncé, Miley Cyrus et autres prôner le girl power " (pouvoir des femmes). Il me semble qu'elles se trompent de chemin et de combat, et les jeunes filles qui les prennent en exemple aussi se perdent. L'image ne fait pas tout, une tenue sexy ne fait pas une femme. Un bout de tissu ne fait pas tout, enfin, si! Le pantalon a fait beaucoup plus dans l'émancipation des femmes que n'importe quelles chaussures louboutin!

Le pantalon a fait la femme car, il nous a permis de pouvoir faire du sport et de nombreuses activités jusque là réservé aux hommes. Monter à cheval, faire du vélo, de l'escalade, voyager et même exercer librement une profession. En effet, certains métiers, chauffeurs, imprimeurs, ouvriers, mieux payés que couturières ou femmes de chambre, n'étaient pas accessibles aux femmes car, elles étaient en robe. Il y avait mille et une raison pour que les femmes soient autoriser à mettre un pantalon et si, certaines n'avaient pas enfreint les lois, elles n'auraient jamais pu prétendre à être égales aux hommes. Pour être mieux payer, pour accéder à certaines études, pour être prise au sérieux et pour être libre de pouvoir travailler, quelques femmes se sont déguisées en homme.

Porter le pantalon, c'était symboliquement, "porter la culotte" et avoir le pouvoir. Cette expression, que l'on utilise encore de nos jours, vient de cette période au XVIII ème siècle où les hommes des plus hautes sphères de la société portaient la culotte, une sorte de pantalon resserré au niveau des genoux. Les gens du peuple se contentaient de vêtements plus amples. C'était donc ceux qui revêtaient cet habit qui occupaient la meilleure place dans la société. Ce livre est véritablement un puits de science qui nous instruit grandement.

Il y est question de la place du pantalon dans le vestiaire des hommes à travers l'histoire, depuis l'antiquité à la révolution française. De l'évolution de sa forme, courte, ample puis telle que nous la connaissons actuellement. Et surtout de sa symbolique. On nous y explique aussi pourquoi un décret en 1800, mis en place par Napoléon, interdisait aux femmes le port du pantalon ou de tout autre habit réservé au sexe opposé. D'ailleurs, au niveau des codes vestimentaires, les hommes non plus n'étaient pas en reste. Eux aussi avaient des contraintes (moindre que celles des femmes) de port de costume stricte et sans couleur.

En fait, en plus du code civil, Napoléon et ses successeurs, établirent des codes vestimentaires pour les deux sexes. Comme pour les codes couleurs encore en vigueur de nos jours, rose pour les filles, bleu pour les garçons. Pourtant, après la Révolution, un vent égalitaire a soufflé sur la France, un laps de temps des femmes révolutionnaires furent même admises à l'assemblée nationale. Puis, vient la peur du désordre civil et moral, chacun devait être à sa place et celle des femmes était de vaquer à des occupations bien loin de la vie politique. Elles furent recadrer et conforter dans leur rôle de femme au foyer et de mère aimante. Elles furent alors les oubliées de la Déclaration des droits de l'homme. Elles durent renoncer au droit de vote universel établie en 1848, qui n'avait d'universel que le nom! Porter un habit d'homme serait revenu à devenir son égale et cela les hommes ne le souhaitaient pas.

Lire les discours et les articles de cette époque nous donne une belle carte postale d'un pays d'où l'on espère jamais retourner:

"toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d'eux, les élever, les soigner, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce; voilà les devoirs des femmes de tous les temps" Rousseau

"chaque sexe est appelé à un genre d'occupation qui lui est propre. Le caractère propre de la femme, commencer l'éducation des hommes, préparer l'esprit et le coeur des enfants aux vertus publiques, élever leurs âmes, les instruire dans le culte politique de la liberté; telles sont leurs fonctions après les soins du ménage..."

Et bien oui, la femme sert à la reproduction et à l'éducation et l'homme à réfléchir! Ce discours parvient parfois encore à mes oreilles même en 2015, alors, je reste attentive et je vous encourage à en faire autant! Et lorsque vous offrirez une caisse enregistreuse à une petite fille et un camion de pompier à un petit garçon, réfléchissez-y à deux fois! J'aime ma féminité, me maquiller et porter du rose... Le problème vient du fait que, si j'aime ça, c'est parce que je suis une fille ou parce que j'ai vu ma mère le faire et que j'ai ensuite fait pareil. Se poser ce type de question me semble intéressant. Ne pas se sentir obliger de faire les choses parce qu'on est né homme ou femme, ça ne serait pas ça au fond, la liberté, l'égalité et la fraternité?

Christine Bard, l'auteure du livre, professeure d'Histoire à l'université d'Angers, nous permet d'apprendre beaucoup de choses, de réfléchir mais, également de nous divertir avec, notamment, les comptes rendus des procès de femmes travesties en homme. Elle parvient habillement à nous donner un cours d'histoire magistral, sans nous inonder d'informations, de chiffres et de dates trop longs à retenir. Les cours à l'école devraient ressembler à ce livre et, plus nombreux seraient les professeurs d'histoire!

Faire du pantalon toute une histoire, chapeau!

Maintenant, j'en suis convaincue:

" On ne nait pas femme, on le devient" Simone de Beauvoir

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