Vivian Maier, une illustre inconnue enfin révélée!


Il y a des documentaires qui vous touchent et vous émeuvent tant, qu'ils hantent vos pensées longtemps après les avoir vus. Ce fut le cas pour moi avec "A la recherche de Vivian Maier". Ce documentaire, je l'ai vu il y a plus d'un an au cinéma Utopia de Toulouse. Depuis, j'ai acheté le dvd et je me le diffuse en boucle. Je vous invite à vous le procurer de toute urgence car, s'il est un destin hors du commun, c'est bien celui de Vivian Maier.

Illustre inconnue, elle est devenue l'une des photographes américaines des plus appréciée et plébiscitée de ces cinq dernières années. Les galeries et les musées s'arrachent son travail. Pourtant, cette femme, aussi mystérieuse qu'extravagante, est sortie de l'ombre de la manière la plus improbable qu'il soit et, c'est ce qui fait le charme insensé de sa découverte posthume inattendue. Ainsi naissent les légendes...

Un jour de vente aux enchères en 2008, un jeune agent immobilier de 25 ans, John Maloof fait l'acquisition d'un lot de 30 000 négatifs ayant appartenu à une vieille dame, qui, ne peut plus payer son box, dans un garde meuble de la banlieue de Chicago. En pleine écriture d'un livre historique sur le quartier de Portage Park à Chicago dans les années 50, John Maloof se désespère de trouver des photos pour illustrer son futur ouvrage. Acquis pour 400 dollars, il laisse les rouleaux de pellicule, sans les développer, dans des cartons jusqu'au jour où il se décide enfin à les révéler. Les clichés sont des photographies de rue. On y voit des passants, des enfants, des artisans, la vie et le quotidien du Chicago des années 50 et parfois, des autoportraits d'une femme immortalisés dans les reflets d'un miroir ou d'une vitrine. Troublé par la qualité des clichés qu'il découvre, il décide de montrer les photos à des professionnels. Leur avis est unanime, ces photos sont celles d'une grande artiste. Sa curiosité est telle qu'il se met en quête de l'identité de la mystérieuse propriétaire du box du garde meuble. En fouillant dans les cartons qu'il avait laissé de côté, il retrouve le bon d'un magasin de photo au nom de Vivian Maier. Nous sommes alors en Avril 2009, John Maloof tape le nom de Vivian Maier sur internet à la recherche d'éventuels éléments, il tombe alors sur un avis de décès datant de quelques jours à peine. Alors qu'il venait de trouver l'identité de la vieille dame, celle-ci était décédée. Le destin venait de lui jouer un drôle de tour. Qu'à cela ne tienne, il se lance dans des recherches pour retracer le fil de la vie de cette vieille dame partie trop tôt.

Comme à la poursuite du Saint Graal, Maloof poursuivra sa quête jusqu'à découvrir qui fut cette photographe de génie dont le talent est resté ignoré de tous pendant de nombreuses années. Déterminé à la faire connaitre du plus grand nombre, il co-réalise, en 2013, avec Charlie Siskel, un superbe documentaire "A la recherche de Vivian Maier". Bien plus qu'un film d'archives, il s'agit réellement d'une enquête, aux innombrables rebondissements, qui nous entraine dans la vie d'une nourrice travaillant pour de riches familles et dont, la principale activité, était de se promener avec un appareil photo en bandoulière ou une caméra super 8. Solitaire et bourrue, elle se révèle être un vrai personnage. Dotée d'un fort tempérament et s'exprimant avec un fort accent français, elle entretenait le mystère sur sa véritable personnalité auprès de tous ceux qui la côtoyaient.

En plus de nous faire découvrir le travail photographique de Vivian, Maloof nous amène à la rencontre, des familles chez qui elle fut employée et, des enfants, aujourd'hui adultes, qu'elle a surveillé et élevé. A son égard, ils éprouvent tous des sentiments mélangés. Un mélange d'amour et de répulsion, d'attachement et d'incompréhension. C'était au final une personnalité ambigüe comme le sont les artistes en général. Elle avait en elle cette part de légèreté et de gravité qui se retrouve dans ses clichés. Son regard était avant tout attiré par les instants de vie tragi-comiques comme il y en a tant. Elle choisissait ses sujets au hasard de ses pérégrinations citadines, un clochard, des enfants, des ouvriers, des passants, des vieillards, des dames richement vêtues...

Elle a su capter ces petits moments de vie fugaces qui nous parlent à tous quelque soit notre classe sociale ou notre éducation. Ses photographies, aujourd'hui tant admirées, sont des témoignages inestimables d'une période passée. Elle a été le témoin privilégié d'instants de vie devenus immortels sur pellicule. Pourtant, celle qui s'inspirait du quotidien de ses contemporains apparait, tout au long du documentaire, comme inadaptée à la vie en société dont, elle ignorait les codes. Parler, échanger, cela ne lui était pas naturel.

Il semble qu'elle n'est jamais vraiment eu de vie sociale. Il semble qu'elle n'ait communiqué avec le monde extérieur qu'à travers son objectif photo. Le comble d'une existence passée à ne pas se faire remarquer c'est d'être, au final, devenue une légende emblématique.

Le documentaire s'achève d'ailleurs sur de nombreuses questions qui resteront à jamais sans réponses. Aurait-elle apprécié d'être ainsi exposée aux yeux du monde? Les rouleaux de pellicules qu'elle n'avait jamais développé, étaient-ils destinés à l'être? Pourquoi n'a-t-elle pas essayé de montrer son travail, d'en tirer quelques revenus que ce soient? Ne croyait-elle pas en son talent? Avait-elle peur du regard des autres? John Mallof se questionne ainsi, à juste titre, sur sa part de responsabilité sur la diffusion du travail de Vivian Maier, sur sa légitimité à exploiter ses photographies. Il est devenu, sans le vouloir, et sans même l'avoir connu, son héritier. Désormais, il est le détenteur d'un catalogue photographique d'une inestimable richesse. La vente et l'édition des photographies signées Vivian Maier ainsi que, l'organisation d'expositions, lui rapportent des revenus conséquents néanmoins, sa démarche de réhabilitation d'une artiste morte, sans gloire et, sans argent, me semble sincère. La fin du documentaire finira de vous convaincre quand, vous le verrait se rendre dans le village français natal de la mère de Vivian Maier. Il s'avère que Vivian y a réalisé des photographies dans les années 60, elle a ainsi immortalisé, sans le vouloir, des paysans, des illustres inconnus qui, comme elle, sortent aujourd'hui de l'ombre après leur mort et seront, pour l'éternité, des visages couchés sur la pellicule en noir et blanc.

Au final, qu'est ce qu'un artiste, un être qui ne parvient à exister et à s'exprimer qu'en exerçant un art quel qu'il soit. Et, par de-là la mort, Vivian Maier continuera sans cesse de nous émouvoir, de nous interpeller, de nous regarder à travers les vitrines des magasins où elle aimait se prendre en photo. Il est des destins hors du commun, celui-ci valait vraiment un documentaire. Je vous encourage à le voir et à jeter un oeil sur internet sur les nombreux clichés de cette grande dame de la photographie!

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