Montre-moi ton crâne, je te dirais qui tu es!


Alors que je regardais un documentaire sur Arte évoquant le vol du crâne de William Shakespeare, quelle ne fut pas ma stupeur de découvrir l'existence de la phrénologie, la science qui consiste à étudier la forme du crâne afin de découvrir les fondamentaux de la personnalité humaine. Ce qui revient à penser que, tout un chacun, est pourvu d'un crâne dont les bosses et les courbes suggèrent nos attitudes, nos aptitudes et sont le reflet de notre âme. Ainsi, on pourrait mettre au point une liste de formes de crânes, les crânes des intelligents, les crânes des personnes violentes, les crânes des gens sympathiques et ceux des assassins. Inutile d'utiliser le conditionnel, il fut un temps où cette liste a existé, il fut un temps où, des savants, éclairés par une lumière étrange, ont décidé que cette analyse du crâne humain était une science et qu'elle se nommerait phrénologie! Tout un programme que j'ai à coeur de vous présenter. Accrochez-vous bien, ça risque de secouer ceux qui ont un crâne de pétochard!



Tout a commencé en 1796, dans la tête d'un médecin autrichien, Franz Joseph Gall (1758-1828) qui a suggéré que nos pensées et notre caractère devaient pouvoir se comprendre par l'étude de la surface de notre crâne. En effet, si l'on étudie le contenant, on comprendra le contenu! Mais pourquoi donc personne n'y avait-il songé avant!!!???

La boîte crânienne qui abrite notre cerveau devait par sa forme permettre de cartographier nos pensées et les caractéristiques de notre personnalité. Ainsi, en observant le crâne de nos interlocuteurs, nous pouvions, aisément, déterminer à qui nous avions véritablement à faire. Et si un tueur psychopathe venait à se présenter à nous, une analyse du bombé de son front ou de la forme de sa tête apparaissant sous une calvitie précoce nous permettait de nous éviter bien de soucis! Aussitôt le fou furieux était démasqué!


Pour faire comprendre sa théorie et la rendre plus réaliste, il fit réaliser de nombreux moulages de crânes sensés représenter tel ou tel type de personnalité. Persuadé que les organes de certaines facultés du cerveau étaient plus ou moins développées chez certain individu, cela devait forcément avoir une incidence à la surface du crâne. Il élabora alors une cartographie précise des zones des facultés mentales à la surface du crâne.


De nos jours subsiste encore cette idée dans ce que l'on appelle communément "avoir la bosse des maths". Il y a ceux qui en sont pourvus et sont à l'aise avec les chiffres. Il y a donc, à l'inverse, si l'on suit la logique, les autres qui, comme moi, ont à la place un creux, le creux des lettres!

Toujours selon sa théorie, Gall finit par publier à Paris en 1820 un ouvrage intitulé : "Anatomie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier avec des observations sur la possibilité de reconnaitre plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l'homme et des animaux par la configuration de leur tête"

Bien que saugrenues et, déjà fortement critiquées par un certain nombre de scientifiques de l'époque, les théories de Gall font des émules. Parmi ceux qui s'y intéressent, l'italien Cesare Lombroso (1835-1909) qui cherche à appliquer la phrénologie à la criminologie. Dans ce but, il publie en 1876 "L'homme criminel".


Dans cet ouvrage, il explique que les vagabonds ou les criminels ont un faciès particulier qui permettrait de les reconnaître facilement. Le crime serait donc une pathologie inné chez les individus, la forme de leur crâne induite par leurs penchants démoniaques en attesterait. Cet aspect physique du corps des criminels sera d'ailleurs reprit, notamment, dans la littérature policière, où les personnages de méchants ont souvent une description de leur visage sensée reflétée leur âme tourmentée.


Ainsi, Conan Doyle dans Sherlock Holmes décrit le Professeur Moriarty comme un homme courbé, aux yeux enfoncés et au large front bombé, attestant de sa grande intelligence mais aussi, de sa noirceur. Il apparait comme très vilain. A cette même époque, Oscar Wilde publie "le Portrait de Dorian Grey", qui utilise implicitement, les codes de la phrénologie. Le portrait d'un homme peint s'enlaidit à mesure que l'homme réel se conduit mal. Le visage, donc le crâne est ici le témoin de la personnalité de Dorian Grey. Alors que la science n'en finit pas de progresser avec des hommes comme Pasteur, ou Darwin, la fin du XIXème siècle voit également apparaître des sciences douteuses telles que, la phrénologie mais également, le spiritisme et la théosophie.

Néanmoins, le travail de Gall et de ses successeurs a permis à la médecine légale de faire de grand progrès. La mesure des crânes a permis de développer la science dite de l'anthropométrie, la mesure du corps humain et ainsi permettre la mise au point de l'identification qui sert beaucoup en médecine légale. Malgré tout, la phrénologie a finalement aider la criminologie et la science à faire des progrès.

S'en suivront la parution de nombreux traités dont, le plus connu, à ce jour, est celui du médecin français Joseph Vimont (1795-1857) "Traité de phrénologie humaine et comparée" publié entre 1832 et 1835. Dans ce traité, il reprend les idées de Gall et s'appuie sur de nombreuses études et analyses de crânes humains.




Ce traité, ainsi que la croyance que le crâne humain conserve les facultés de son hôte va pousser de nombreuses personnes à vouloir posséder un crâne illustre. Tant est si bien que l'on va voir apparaître, partout en Europe, des pilleurs de tombes spécialisés dans le vol de crânes célèbres.

Nous voici donc parvenu au début de mon article qui évoquait le vol du crâne de Shakespeare. Sa tombe, comme celle de nombreux hommes célèbres, aurait été une victime collatérale du succès de la phrénologie! En guise de cabinet de curiosité, certains exposaient chez eux des restes humains. Que se soit une momie ou, un crâne, n'avait pas vraiment d'importance! Ce qui se trame dans le cerveau des collectionneurs reste un mystère insondé! Les médecins, bien avant la phrénologie, accordaient une grande importante aux crânes et aux squelettes humains en général.

A une époque où, l'étude du corps humain, poussait certain d'entre eux à déterrer les morts dans les cimetières, posséder un vrai crâne et pouvoir l'étudier à sa guise était un privilège. Au sein même des facultés de médecine, lorsqu'ils devaient partir en retraite, les grands professeurs offraient souvent à leur élève favori un crâne. Bien des années plus tard, on a choisi de conserver, après sa mort survenue en 1955, le cerveau d'Einstein, ce qui nous montre bien à quel point l'esprit des grands savants nous fascine.

Le crâne de Shakespeare n'a cependant toujours pas été retrouvé, l'énigme reste entière. Peut-être se trouve-t-il dans le placard d'une université? Mais, à trop jouer sur scène avec un crâne en interprétant le rôle d'Hamlet, William Shakespeare avait-il, sans le savoir, scellé le destin du sien! That is the question?

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