Quand les animaux s'en mêlent : petites histoires des express


Depuis la nuit des temps, les humains et les animaux ont vécu ensemble pour le meilleur et pour le pire. D'abord sauvages, les animaux furent domestiqués et certains furent chassés, d'autres encore furent craints et cristallisèrent nos peurs ancestrales. Aujourd'hui, certains font même partis de notre famille, ce sont nos animaux de compagnie! Il n'est donc pas rare de constater que nombreuses des expressions de la langue française ont fait une place de choix à nos amis à quatre pattes. Ainsi, on a vu fleurir dans notre langage courant, un vocabulaire imagé, peuplé de bêtes grandes ou petites. J'ai choisi de vous en présenter quelques unes. Je vous invite à découvrir l'histoire des expressions animalières. Vous pourrez par la suite vous vanter d'avoir appris de nouvelles choses et vous vous coucherez moins bête que la veille!


Se regarder en chiens de faïence:

C'est une autre façon de dire que deux personnes se défient du regard, s'affrontent en se regardant face à face. Cette expression, qui date du 18ème siècle, tient son origine des deux chiens, souvent en faïence, que l'on déposait sur les cheminées pour les décorer. La faïence était la manière la plus simple pour décorer en grand nombre des objets en céramique. Il fut un temps où la majorité des français n'avaient pas un choix varié d'objets décoratifs. On retrouvait donc, un peu partout, les mêmes styles de bibelots animaliers dont, une paire de chiens que l'on plaçait, face à face, à chaque extrémité des cheminées. Ces objets supportaient la chaleur et permettaient d'égayer les intérieurs de chacun. Aujourd'hui, les objets et meubles suédois standardisés ornent les salons du monde entier mais, ils n'auront sans doute pas l'honneur de voir leur nom figurer ailleurs que dans un catalogue!


Avoir la chair de poule et être une poule mouillée:

Ces deux expressions mettent en scène, la poule, le gallinacé des basses-cours le plus connu de nos campagnes. La première fait référence à la réaction épidermique de notre peau. En effet, au contact du froid ou de la peur, notre peau se durcie et nos poils se hérissent, ce qui donne un aspect rappelant la peau des volatiles une fois plumés. Ce furent les médecins qui en premier utilisèrent cette forme imaginée pour décrire la réaction de notre peau. Chez nos voisins européens, il existe certaine variante. En Italie, par exemple, on utilise l'expression "pele d'oca", qui signifie littéralement, avoir la chair d'oie!

Pour ce qui est d'être une poule mouillée, une personne peureuse, il s'agit en fait de comparer la personne qui manque de courage à la pauvre poule qui, lorsqu'elle est mouillée ne peut pas voler. Elle dégage comme un sentiment d'abattement et de mollesse. L'expression s'est développée au XVII ème siècle. La poule fut désignée pour représenter l'ensemble des volatiles, qui, par temps de pluie, sont privés de vol!


Prendre la mouche, quelle mouche l'a piqué:

Cette expression, qui date également du XVII ème siècle, évoque la réaction brutale et inattendue d'une personne qui jusqu'alors semblait tout à fait calme et maître de ses mouvements. Une réaction brutale que certains animaux peuvent avoir lorsqu'ils se font piquer, notamment, le bétail face aux attaques des innombrables taons. D'où l'intervention de la mouche!


Porter un bonnet d'âne, avoir les oreilles d'un âne:

Souvent, lorsque les élèves n'étaient pas sages ou faisaient preuve de bêtise, la punition suprême imposait à l'élève chahuteur le port d'un bonnet ridicule avec deux grandes oreilles disgracieuses. En fait, il semble qu'il y ai deux origines différentes à cette expression. Tout d'abord, il faut remonter à l'antiquité. Alors que le satyre Marsyas se vantait de mieux jouer de la flûte de pan qu'Apollon, le Dieu des arts et de la musique, ne jouait de la lyre, un concours de musique fut organisé. Deux juges furent élus, Midas, le roi de Phrygie et Tmollos. Le premier préféra la musique du satyre et Tmollos et les nymphes Apollon. Fou de rage de n'être pas choisi, Apollon fit écorché vif le pauvre satyre et fit pousser des oreilles d'âne à Midas. Vu qu'il n'était pas capable de reconnaître le son d'une belle mélodie.

Au XVII ème siècle siècle, l'âne n'était pas vu comme un animal bête mais plutôt sage et réfléchit. Lorsqu'on mettait sur la tête d'un élève difficile, on espérait qu'il prenne exemple sur l'âne et s'en inspire pour être une sage! Comme quoi la sagesse des uns et la bêtise des autres restent une vue de l'esprit! N'est-on pas tous l'idiot de quelqu'un?


Il y a anguille sous roche:

Lorsque que l'on soupçonne une tromperie, lorsque que l'on pense que quelque chose se trame dans l'ombre, on évoque une anguille sous la roche. Ce serpent de mer est bien connu pour vivre caché sous les rochers jusqu'à ce qu'une malheureuse proie passe devant sans se méfier de ce qui lui attend. L'anguille se jette alors sur sa proie sans la moindre hésitation. On a donc associé l'anguille, au serpent, à celui qui se cache avant de vous sauter dessus. Et si l'on remonte dans le temps, au Moyen-âge, le verbe "guiller" signifiait, duper, tromper quelqu'un. Quoiqu'il en soit mieux vaut éviter de croiser une anguille dont la morsure est venimeuse!


Passer du coq à l'âne:

Il arrive parfois, lors d'une conversation, que l'on passe ou saute du coq à l'âne, c'est à dire, que l'on parle d'un sujet pour, finalement, en évoquer un autre qui n'a rien à voir avec le premier. Cette drôle d'expression a plusieurs origines: au XIVème siècle, on utilisait l'expression "saillir du coq à l'âne" pour finir par dire, au XVème siècle, "sauter du coq à l'âne". Mais, il semblerait que l'âne en question, orthographié "asne" ai été confondu avec la cane, la femelle du canard. En fait, un coq et une cane auraient eu des rapports ce qui, entre ces deux espèces, serait apparu bien étrange et pas très naturel en soi. Ce qui revient finalement à dire que; sauter du coq à la cane ( ou à l'âne ) c'est changer brusquement d'idée, agir bizarrement.

L'autre explication, plus poétique, viendrait d'un conte des frères Grimm, "Les Musiciens de Brême", paru en 1815. Les « musiciens » sont quatre animaux : un âne, un chien, un chat et un coq. Pour faire fuir des brigands, ils se montèrent dessus et formèrent une pyramide dont le sommet était le coq et la base l'âne. L’âne se trouvait donc à l’opposé du coq et, passer de l'un à l'autre signifiait alors passer, sans transition, d’un extrême à l’autre.


Donner sa langue au chat:

A la base, il s'agissait de "jeter sa langue au chien". Les chiens mangeaient les restes des repas, leur jeter sa langue, c'était leur donner à manger un organe dont on ne voulait plus se servir car on renonçait à parler, à s'exprimer. Au XVII ème siècle, Madame se Sévigné aurait été celle qui l'utilisa en premier dans une correspondance. Plus tard, on a adoucit la phrase par "donner sa langue au chat". Le chat est également connu pour être à l'écoute de son maître qui lui confie souvent ses secrets, sachant qu'ils ne seront pas répétés. Donner sa parole au chat, c'est lui faire conserver nos secrets, quitte à lui demander de nous les redonner au besoin.

J'espère que cette petite incursion dans le vocabulaire et ses mystères vous aura permis d'en apprendre un peu plus sur la richesse de la langue française. Il est important de bien s'exprimer, de bien se faire comprendre, tout en faisant preuve de fantaisie et d'imagination en profitant des nombreuses expressions qui sont à notre disposition.




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