La face cachée des logos de cinéma




  • Lorsque j'étais enfant, j'allais au cinéma comme l'on va au théâtre. Bien que le spectacle n'ait pas lieu en direct, tout le cérémonial d'avant film générait chez moi une grande excitation. Les fauteuils de velours rouge et le grand rideau qui encadrait l'écran offraient à la salle de cinéma un aspect grandiloquent qui me plaisait particulièrement. Le bruit des strapontins se dépliant sous le poids des spectateurs, l'odeur du pop-corn grillé, les chuchotement avant que le spectacle ne commence, créaient une ambiance assez particulière. Tout ce décorum participait pleinement à mon bonheur.

    J'attendais avec impatience de m'asseoir à mon tour sur mon strapontin et que la salle soit plongée dans l'obscurité. Alors, le spectacle pouvait commencer. Le fil lumineux du projecteur me fascinait, bien plus finalement que ce qui se passait sur l'écran. Il y avait quelque chose de magique dans cette poussière d'étoile par laquelle jaillissait les images. Et lorsque, enfin, la séance de cinéma démarrait, le spectacle se poursuivait dans la présentation du film.

    J'aimais voir apparaître Jean le Mineur lançant son pic dans le mille et annonçant le début du film. Il y avait ensuite les logos des productions prestigieuses qui apparaissaient avec grand renfort de fanfare et autre musique impériale. Parmi eux, le rugissement du lion de la MGM, ou l'apparition de la majestueuse montagne de la Paramount ont accompagné bon nombre de spectateurs depuis la création des grands studios au début du siècle dernier. Cinéphile accomplie, je ne m'étais jamais interrogée sur les origines de ces logos de cinéma. 

      Aujourd'hui, j'ai décidé de mener ma petite enquête sur les coulisses du septième art. Je vous propose donc de découvrir ce qui se cache derrière Jean le Mineur, le lion de la MGM, et la montagne de la Paramount.


  • Jean le mineur, ce petit personnage animé que tous les spectateurs français ont déjà vu à de nombreuses reprises est une figure emblématique de l'histoire du cinéma français.

     Il fut la première image publicitaire animée présente dans les salles de cinéma. Né en 1934, le personnage de Jean le mineur fut tout d'abord connu sous les traits réalistes d'un mineur dessiné par Lucien Jonas. Cette gueule noire assez triste, et taciturne a finalement cédé sa place en 1951 à un jeune personnage animé, celui que nous connaissons encore aujourd'hui. Dès 1952, les spectateurs purent découvrir le nouveau personnage animé par les soin du dessinateur Albert Champeaux. Affublé d'un pic de mineur qu'il jetait sur une cible, Jean le Mineur était avant tout destiné à faire de la publicité pour la société publicitaire crée par Jean Mineur.

    Né à Valenciennes en 1902, issu d'une famille modeste du nord de la France, Jean Mineur s'est très vite intéressé au cinéma, et à ses retombées économiques. S'inspirant du modèle américain, il a très vite vu les enjeux commerciaux que l'on pouvait en tirer. Il eut l'idée de se muer en régisseur publicitaire pour le cinéma.

     Il monte alors sa première société publicitaire dans sa ville natale en 1927 avant de connaître un grand succès qui l'amènera, en 1938, à s'installer, à Paris, au 79 de la célèbre avenue des Champs-Elysées. Il obtient alors un numéro de téléphone, et un indicatif qui deviendront célèbres, le Balzac 00 01. Facilement identifiable, il eut l'ingénieuse idée d'associer ce chiffre au film animé mettant en scène Jean le Mineur.

     Ainsi, le petit mineur jette son pic dans une cible où apparait le chiffre 1000. Touchant sa cible "pile dans le mille", il annonce clairement qu'en faisant appel au service de la société publicitaire Jean Mineur-Pathé Cinéma, on est sûr de toucher une large cible de consommateurs. Une fois transpercée, la cible se retourne découvrant le chiffre à l'envers, le 00 01. Simple et efficace, le message publicitaire deviendra rapidement viral.

      Au fil du temps, les génériques du petit mineur vont évoluer, le mettant en scène directement avec les produits publicitaires. Il est encore aujourd'hui présent sur nos écrans dans une version quelques peu modernisée.

  • Jean Mineur a été un précurseur en matière de publicité. Rendant hommage à sa région d'origine, Jean Mineur a offert aux gueules noires du Nord une image beaucoup plus sympathique. Elle fait à présent pleinement partie de l'imagerie nationale. Sa fille Caroline Mineur a depuis repris le flambeau de l'entreprise qui, en 1971 a pris le nom de Médiavision. Dans les années 80, un regain d'intérêt pour Jean le Mineur est intervenu grâce à l'émission de télévision la Dernière séance, présentée par Eddy Mitchell. Le personnage n'a plus quitté nos écrans. Il existe même, depuis le début des années 2000, une version 3D du petit bonhomme. Ainsi, toutes les générations ont leur propre Jean le Mineur. Disparu en 1985, Jean Mineur a fait graver sur sa tombe les numéros 00 01.



  • La MGM est une société de production cinématographique américaine crée en 1924 par la réunion de trois sociétés indépendantes, la Metro Pictures Corporation ( crée en 1915), la Goldwyn Pictures Corporation (crée en 1917) et la Louis B-Mayer Pictures (crée en 1918). Rachetées par un grand exploitant de salles de cinéma, Marcus Loew, ces trois sociétés furent placées sous la direction artistique de Louis B-Mayer et la gestion financière d'Irving Thalberg. On doit, notamment à la MGM des chefs-d'oeuvres du septième art comme Autant en emporte le vent ou le Magicien d'Oz. Louis B-Mayer participa à l'émergence de certaines stars hollywoodiennes comme Shirley Temple, Mickey Rooney, Judy Garland ou Liz Taylor.

     En 1917, la Goldwyn Pictures Corporation fit appel à Howard Dietz (1896-1983), le directeur publicitaire du studio pour trouver le logo de la société. Il eut l'idée de prendre pour emblème le lion, la mascotte de l'Université de Columbia où il avait suivi ses études. Entre 1917 et 1924, on utilisa de nombreux lions. Ce fut Lionel S Reiss qui eut l'idée de faire rugir le lion. On prête donc à la création du logo de la MGM deux auteurs, Howard Dietz et Lionel S.Reiss. A partir de 1924, la MGM, nouvellement crée, choisit de conserver le logo de la Goldwyn. On associa alors au lion une phrase latine, "Ars Gratia Artis", librement inspiré d'une citation de Théophile Gauthier ("lart pour l'art") qui signifie que l'art est la récompense de l'art.

     Placée sous de si beaux auspices, la MGM continue encore à produire de nombreux films. Rachetée par Sony en 2006, elle conserve malgré tout son aura mythique de première grande société de production de cinéma. Pour mettre en image le fameux rugissement du lion que chacun a déjà entendu des milliers de fois, on dut faire appel à de nombreux lions. Surnommé Leo, le lion de la MGM a, en effet, été interprété par une douzaine de lions.

     Le premier se prénommait Slats. Mais, ce fut le rugissement du second, Jackie, qui fut enregistré pour la postérité en 1928. Alors que le cinéma était encore muet, le lion de la MGM faisait résonner son rugissement dans les salles obscures. Jackie était un lion particulièrement doué. Né en captivité, en 1915, aux USA, Jackie a fait carrière dans le cinéma. En effet, il a participé au tournage de Tarzan en 1932, aux côtés de Johnny Weissmuller. Survivant d'un crash d'avion au dessus du désert de l'Arizona, le lion a fini par prendre sa retraite, et a fini sa vie dans un zoo de Philadelphie.

    L'image de Jackie fut utilisée entre 1928 et 1956. Le lion rugit une première fois doucement avant de rugir plus fort, puis, de faire une pause, et rugir encore en tournant la tête vers la droite. Il existe une autre version où il finit par regarder au centre. Entre temps, il y eut la version colorisée grâce à la technique du technicolor.

    Telly fut le premier lion à apparaître en couleur, puis ce fut le tour de Coffee. Tous deux furent beaucoup utilisés dans les années 30. Le premier rugissait trois fois comme Jackie, tandis que Coffee ne rugit que deux fois. Parmi tous les autres lions, Leo fut, avec Jackie, un de ceux qui fut le plus diffusé par la MGM. Il apparait sur les écrans en 1957, et continue toujours d'être présent sur nos écrans. Il eut même le privilège d'être dirigé par Sir Alfred Hitchcock dans une série photographique d'anthologie! On assiste au rugissement de Leo sous la baguette du maître du suspens, ou à une tea party où les deux protagonistes se retrouvent attablés autour de tasses de thé so british!

  •     Ce qui diffère entre les lions, c'est le temps de pause entre les rugissements, et la rotation de leur tête, plutôt à gauche ou plutôt à droite. Je vous invite à regarder des vieux films, et découvrir ces détails infimes auxquels ont ne prête pas forcément attention. A titre d'exemple, entre 1957 et 1960, on a enregistré une première séquence du lion Léo qui rugit trois fois de suite, alors qu'à partir de 1960, une deuxième séquence l'enregistre faisant seulement deux rugissements. Parfois même, les réalisateurs choisirent la version qui correspondait le mieux à leur film. Selon l'intensité des rugissements ou le regard du lion, on préférait tel ou tel lion.




  • La Paramount Pictures Corporation vit le jour en 1916. Elle est avec Universal Pictures la plus ancienne société de production cinématographique américaine. Née de la fusion entre la société d'Adolph Zukor, Famous player (crée en 1912) avec Jesse L Lansky feature play compagny, et une petite société de production la Paramount Pictures Corporation ( crée en 1914). Adolph Zukor était un ancien fourreur hongrois qui s'était converti dans l'exploitation des Nickelodéons, les premières salles de cinéma crées aux USA en 1905. D'abord réservées à la musique, ces salles de spectacle avant-gardistes offraient au public la découverte d'une technologie nouvelle venue de France. On accédait aux salles en glissant dans un tourniquet une pièce de 5 cents. Bientôt ce fut 25 cents, car le cinéma était devenu une attraction phare pour de nombreux spectateurs.

     Nombreux furent ceux qui se lancèrent comme Adolph Zukor ou Marcus Loew (le directeur de la MGM) dans l'exploitation lucrative des salles de cinéma. Mais, Adolph Zukor était littéralement tombé amoureux de l'invention des Frères Lumière. Il oeuvra grandement à l'avènement du cinéma tel qu'on le connait aujourd'hui. Il chercha sans cesse à améliorer les films, investissant dans du matériel toujours plus sophistiqué. Il fut le premier à lancer l'idée de réaliser des longs-métrages. Disposant que de deux bobines, les films étaient de courtes durées. Il envisagea de faire des oeuvres beaucoup plus longues et donna à ses réalisateurs les moyens matériels et financiers pour parvenir à cela. On passa alors de quatre à six bobines. Et alors que les frères Lumière et la Gaumont se spécialisaient dans des documentaires réalistes, Zukor choisit de s'orienter vers la fiction.

     Il eut l'idée de mettre en scène des oeuvres de la littérature, et de faire appel à des comédiens de prestige issus des plus grandes institutions théâtrales comme la Comédie française. Ainsi, ses premières productions furent le Comte de Monte-Cristo et le Prisonnier de Zenda, les deux plus grands succès théâtraux de l'époque. Il produisit également en 1928, la Reine Elisabeth, avec Sarah Bernard dans le rôle titre. Il offrit à des artistes comme Charlie Chaplin et Mary Pickford l'occasion de réaliser leurs premiers pas au cinéma. Mais, pour marquer les esprits, il lui fallait, comme ses concurrents, trouver un logo pour sa société.

  •      Paramount est le nom de la petite société de production que rachetèrent Zukor et Jesse L Lansky. Elle devait son origine à son créateur, W W Hodkinson, qui avait visité un ensemble d'appartements meublés dont on vantait la superficie, l'immeuble s'appelait Paramount. Cela signifie également "par delà les monts", offrant une appellation grandiose à la société de production, qui envisage de faire de grandes choses. En 1914, Hodkinson dessina à main levée une montagne. Il se serait inspiré de la montagne de son enfance, le mont Ben Lomond dans la chaîne montagneuse de Wasatch dans l'Utah. Par la suite, Zukor fit ajouter 22 étoiles représentant les contrats signés avec les 22 vedettes qui travaillaient à présent pour eux. Le premier logo apparaît en 1927 avant le film Les Ailes.

     A partir des années 50, le logo est modernisé. On lui confère une version beaucoup plus réaliste. La montagne se dessine entourée d'une une brume légère et d'un ciel nuageux. On confie la réalisation de ce nouveau logo à Jan Domela, directeur artistique du studio qui, d'après la légende se serait inspiré de l'Artesonraju, le plus haut sommet péruvien de la Cordillère blanche. En 1968, on ajouta sous la montagne Guilf+Western Compagny, du nom des nouveaux actionnaires et l'on supprima Pictures pour ne laisser que Paramount. Aujourd'hui, la société appartient à la Viacom Compagny. C'est à présent son nom que l'on voit figurer en bas du logo. Depuis, la montagne a été animée et une version 3D existe depuis les années 2000.




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