Théodore Géricault et le Radeau de la Méduse, une destinée funeste


  •   Le 26 septembre 1791 naissait, à Rouen, le peintre, sculpteur et dessinateur français, Théodore Géricault. Il devait mourir 32 ans plus tard, le 26 janvier 1824, des suites d'une chute à cheval, et des complications qui s'en suivirent. Son oeuvre, mondialement connue, Le Radeau de la Méduse, l'a fait entrer dans la légende des grands peintres français du XIXe siècle. Mais, connaissez-vous les origines de cet immense tableau, aujourd'hui conservé au musée du Louvre ?

     Cette oeuvre monumentale mesure 491 mètres sur 716 mètres. Elle représente un épisode dramatique historique, qui eut lieu au large de la Mauritanie, le 2 juillet 1816. La frégate française, la Méduse, victime d'une terrible tempête fit naufrage en haute mer. Échoué sur un banc de sable, le bateau n'était plus qu'une épave dont les rescapés devaient s'extirper, coûte que coûte. À l'aide des restes de leur navire, ils construisirent un radeau de fortune. Une fois en mer, ils espéraient être secourus par un autre vaisseau. La dérive des 147 survivants dura plus de quinze jours. Livrés à eux-mêmes, sans eau, sans nourriture, leur survie fut terrible. Le 17 juillet, un navire venu les secourir ne put retrouver que 15 personnes encore vivantes. Par la suite, les témoignages des survivants, publiés dans la presse, offraient aux lecteurs, des descriptions détaillées de scènes de cannibalisme, d'une violence insoutenable.

    À la même époque, le jeune Géricault était à la recherche d'un sujet fort pour le nouveau Salon organisé en 1819 par le musée du Louvre. Le peintre, en quête de reconnaissance, jette son dévolu sur cet épisode particulièrement sombre, mais très célèbre.

  • Théodore Géricault est né dans une famille aisée. Son talent de dessinateur se révèle très tôt, il s'engage alors dans des études artistiques. À l'abri du besoin, son père est un magistrat et riche propriétaire terrien, il peut s'adonner à sa passion, sans entrave. Il suit des cours à l'École des Beaux-Arts de Paris, et pratique, régulièrement, des copies d'oeuvres exposées au Louvre. Parmi ses peintres de prédilection, on compte Titien, Michel-Ange, Rembrandt, ou encore Le Sieur et Rubens. Cavalier émérite, il se passionne, également, pour la représentation équestre. Influencé par le peintre Antoine-Jean Gros, lui aussi peintre émérite des chevaux, il réalise de nombreuses oeuvres mettant en scène les équidés. S'inscrivant dans la mouvance française du romantisme, Géricault participe à de nombreux salons.

    À 21 ans, il obtient la médaille d'or du Salon du Louvre, (à l'époque, musée Napoléon) pour son tableau, "le Portrait équestre du lieutenant Dieudonné". Évincé de son école à cause de son fort tempérament, il poursuit son travail de peintre dans son propre atelier. C'est à cette même époque, qu'il entame une relation incestueuse, avec sa tante, de six ans son aînée. Cette tante par alliance, elle est l'épouse de son oncle paternel, lui donne un fils, Georges-Hippolyte. Pour s'éloigner du scandale, il s'exile en Italie, où il échoue au Prix de Rome. De retour en France, en 1818, il se lance dans l'oeuvre de sa vie, "le Radeau de la Méduse".

   Son étude approfondie des corps nus dans les oeuvres des peintres de la Renaissance italienne se retrouve dans le traitement des formes de ses personnages. Mais, il va pousser le détail jusqu'à faire reconstruire une maquette du fameux radeau. Il fait, également, appel à sept des survivants du terrible naufrage, pour qu'ils l'aident à reconstituer le drame le plus précisément possible.

  • Telle une scène de crime rejouée devant les juges d'une affaire judiciaire, la création du Radeau de la Méduse est à la fois grandiose et dérangeante. D'autant que Géricault, ne va pas s'arrêter là. Il demande aux victimes de lui servir de modèles ; revivant pendant de longues heures de pose, leur pénible naufrage. Ses amis, dont le peintre Eugène Delacroix, lui servent également de modèle. Delacroix est figuré dans le personnage central, à demi-nu, sur le ventre. Mais, le pire reste à venir. Afin de donner encore plus de réalisme à son tableau, il demandera à l'un de ses amis médecins de récupérer pour lui, à la Morgue de l'hôpital Beaujon, des cadavres et des membres en décomposition.

    Il étudie la dégénérescence des tissus, la rigidité cadavérique. Il ramène même dans son atelier des membres en décomposition et conservera toute sa vie dans le grenier de son atelier, une tête récupérée parmi les restes d'un corps exposé à la Morgue.

  • Pendant toute l'année que durera son travail, il mènera une vie misérable. Il se rasera le crâne, vivra dans une chambre de bonne, passera des journées et des nuits entières dans son atelier aux effluves nauséabondes.

     Présenté au public, le 25 août 1819, le tableau est intitulé "Scène de naufrage", afin d'éviter la censure, car la frégate la Méduse était une frégate royale, son naufrage n'offrait pas une bonne publicité à la marine royale. On comprend aisément quel est le sujet initial, et le public reconnaît dans cette oeuvre, un témoignage historique de grande qualité au même titre que des tableaux évoquant la mort de personnalités historiques, comme la Mort de Marat, réalisé par Jacques-Louis David en 1793.

  • Géricault obtient la médaille d'or, mais son tableau ne sera pas retenu pour figurer dans les collections du Louvre. Il restera roulé dans les combles de l'artiste jusqu'à sa mort. Offert à un ami, Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy, le tableau finira par rejoindre les collections du Louvre. Il sera acheté, pour la modique somme de six mille cinq-cent francs. Il figure aujourd'hui, comme une des oeuvres les plus admirées, parmi celles du grand Musée.

   Géricault poursuivra une carrière assez inégale, dut à son tempérament aux tendances que l'on qualifierait de nos jours de bi-polaires. Fasciné par la mort et les sujets plutôt morbides, Théodore s'intéresse aux maladies mentales. Les aliénés, enfermés dans les Institutions deviendront ses modèles. Ainsi, à partir de 1821, il fera le portrait de dix malades enfermés à la Salpêtrière où exerce son ami, le médecin en chef, Étienne-Jean Georget. Lors d'un séjour en Angleterre, il contracte une maladie vénérienne, dont il ne se remettra jamais.

   En août 1823, il est victime d'une grave chute de cheval. Sa colonne vertébrale est durement touchée. Une lente agonie s'en suivra, avant qu'il ne décède le 26 janvier 1824, à seulement 32 ans. Son ami Delacroix, dira de lui qu'il a gaspillé sa jeunesse et son talent. Plusieurs années après sa mort, son fils illégitime, Georges-Hippolyte fit ériger un monument funéraire à son père défunt. Réalisé par le sculpteur Antoine Étex, ce tombeau représente Géricault, une palette et un pinceau à la main, allongé au-dessus de son chef-d'oeuvre, le Radeau de la Méduse.














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