Entre contes et légendes, Venise comme vous ne l&#39


Venise, la sérénissime, est mondialement connue pour ses canaux, sa Place St Marc et ses gondoles, mais saviez-vous que de nombreuses légendes ont vu le jour dans les méandres de ses ruelles ? Toutes ces histoires fabuleuses se mêlent au folklore local et aux légendes, qui se sont transmises, oralement, de générations en générations. L'auteur vénitien, Alberto Tozzo Fei, connaît bien toutes ces fables, il les a entendues toute son enfance. Issu d'une ancienne famille de verriers, établie sur l'île de Murano, il a choisi de les réunir dans plusieurs ouvrages. Étudiante à Venise, pendant plus d'une année, j'ai eu l'opportunité de visiter la ville, au clair de lune, en écoutant, Monsieur Tozzo Fei, raconter certains de ces épisodes mystérieux. Photos à l'appui, c'est avec grand plaisir que je partage avec vous, aujourd'hui, les récits qui m'ont le plus marquée. Je vous invite donc, à me suivre, au coeur de la ville historique. Loin de l'agitation de la place St Marc, et du Palais des Doges, la ville abrite de nombreux monuments, qui méritent toute votre attention. Venise, est une ville magique, qui ne se laisse pas apprivoisée, aussi facilement, qu'on pourrait le croire. Depuis des siècles, elle entretient de bien étranges mystères que vous ne pourrez découvrir que si vous accepter de vous perdre dans ses ruelles. Seuls, les plus intrépides d'entre vous, pourront s'enorgueillir d'avoir su affronter : Venise, la belle endormie parmi des eaux pas si tranquilles !

Si par bonheur, vous avez l'occasion de venir à Venise, il vous faudra vous rendre dans le quartier de Cannaregio, non loin de la gare, pour espérer rencontrer les protagonistes des histoires que je vais vous conter. Dès à présent, je vous propose de me suivre devant la demeure d'un peintre célèbre, originaire de Venise, Jacopo Robusti, plus connu sous le nom du Tintoret. Au numéro 3399 de Fondamenta dei Mori, vous trouverez la maison familiale de l'artiste. Sur la façade, une plaque commémorative indique que le peintre a vécu dans cette maison. Mais, chose curieuse, vous y verrez également un bas-relief représentant : Hercule avec une massue. Et si, ce personnage figure sur ce mur, on le doit à un épisode étrange, survenu dans la vie de l'artiste.

La fille aînée de Tintoret, Marietta, s'apprêtait à faire sa première communion. Avant que les enfants puissent recevoir ce sacrement, il était de tradition, qu'ils se rendent à la chapelle de la Madonna dell'orto, et reçoivent chaque matin, pendant dix jours, l'eucharistie. Quand vint le tour de Marietta de se rendre à la chapelle, elle rencontra sur le chemin, une vieille dame, qui lui fit une étrange proposition. Si la jeune enfant voulait devenir aussi pieuse que la Sainte Vierge, il lui faudrait conserver, à l'abri des regards, les dix hosties qu'elle allait recevoir. Elle devait les cacher dans un endroit sûr puis, les remettre à la vieille dame. Incrédule, et naïve, la petite Marietta fit ce que lui avait ordonné l'inconnue. Elle cacha les hosties dans une boîte, derrière l'abreuvoir, au fond du jardin de sa maison. Tintoret possédait des cochons et une ânesse, habitués à dormir à cet endroit-là. Au bout de cinq jours de ce manège, à récupérer les hosties et les disposer au fond de la boîte, les animaux ne pouvaient plus se mouvoir. Ils restaient allongés, sans que le moindre coup de bâton ne puisse les faire se relever. Devant le désarroi de son père, la jeune fille lui expliqua sa rencontre avec la vieille dame, et tout le reste de l'affaire. A cette époque, à la fin du XVIe siècle, il n'était pas rare d'assister à des rites étranges, liés à la cabale et à la magie. Tintoret, méfiant voulait pouvoir confondre la vieille dame. Il demanda à sa fille de poursuivre son rituel jusqu'au dixième jour. Ainsi, le dixième jour, la vieille dame se rendit au domicile du peintre pour obtenir de sa fille les dix hosties. Marietta laissa entrer l'inconnue. A l'étage supérieur, Tintoret attendait l'intrigante, armé d'un bâton de tilleul. Le matin-même, le peintre avait pris soin de ramener les hosties à la chapelle de la Madonna dell'orto. Il brandit alors le bâton sur la vieille, qui n'était autre qu'une sorcière. Afin de s'enfuir, elle se transforma en chat. Bondissant sur les murs et les meubles, elle espérait pouvoir se soustraire à la colère du peintre. Ne parvenant à trouver une issue, elle finit par traverser le mur en laissant dans la façade un large trou, que le Tintoret s'empressa de refermer. Pour assurer la protection de son foyer, il fit apposer sur le mur, la figure d'Hercule armée d'une lourde massue. On entendit plus jamais parler de cette sorcière, et Tintoret put mener une existence paisible, entouré de toute sa famille.

Non loin de là, sur la place, dite Campo dei Mori, on peut admirer, quatre statues blanches. Elles représenteraient les frères Mastelli, des riches marchands d'étoffe d'origine grecque, venus s'établir à Venise, au XIIe siècle. Ces frères étaient connus dans toute la ville comme des hommes d'affaires sans scrupule. Seul l'appât du gain dictait leur conduite. Personne n'osait s'en prendre à eux, de peur de vives représailles. Leur fortune, les rendait intouchables, mais, un soir de février, une intervention divine se chargea de les punir. Par une fin de journée hivernale, une pauvre femme se présenta à la boutique des Mastelli. Veuve depuis peu, elle se retrouvait seule pour subvenir aux besoins de ses enfants. Son défunt mari possédait une mercerie, non loin du Rialto. Elle devait utiliser toutes ses économies pour acheter des marchandises, et poursuivre le commerce de son époux. Elle souhaitait investir dans des tissus, de qualité, venus des Flandres. Voyant là, une cliente facile à duper, l'aîné des frères se chargea de la pauvre veuve. Il lui fit miroiter des tissus sans valeur qu'il comptait lui vendre au prix fort. Malhonnête au possible, il espérait se faire de l'argent aux détriments de la pauvre femme. Comme il avait pris l'habitude de le faire, pour se dédouaner de la moindre escroquerie, il déclara, avec véhémence : " Puisse le Saint des Saints transformer sur-le-champ ma main en pierre si ce que j'affirme n'est pas vrai ! " Ses frères, à leur tour, jurèrent avec la même arrogance. Mais, ce qu'ils ignoraient, c'était la vraie identité de la veuve. Il s'agissait de Sainte Madeleine. Elle s'était dissimulée sous les traits d'une pauvre veuve pour confronter les frères, et mettre à jour toutes leurs manigances. Pris à leur propre jeu, les frères Mastelli ne pouvaient nier leur forfait. La sainte s'écria alors, " qu'il advienne de vous ce que vous avez décidé. Malhonnêtes, hypocrites, vous deviendrez des sépulcres blanchis ! " Et c'est ainsi, qu'au petit matin, les employés des frères Mastelli découvrirent, plantées en plein milieu de la boutique d'étoffe, des statues blanches, dont ils ignoraient la provenance. Étrangement, ils retrouvèrent dans les visages figés, les traits de leurs patrons. Depuis, ce jour, on ne revit plus jamais les quatre frères. On dit que les soirs de grand froid, durant le mois de février, la statue d'Antonio Rioba, l'aîné des Mastelli, se met à pleurer. On raconte aussi, que si une personne à l'âme pure, pose sa main sur la poitrine des statues, elle entendra les battements d'un coeur.

En vous rapprochant du quartier de l'hôpital civil, anciennement, Scuola di San Marco, vous pourrez pénétrer dans ce qui fut la résidence du dernier sonneur de cloches de Saint-Marc. L'homme, dont on a oublié le nom, mesurait plus de deux mètres et avait des mains démesurément grandes. Il vécut à la Corte Bressana jusqu'à sa mort. On raconte qu'un jour, le directeur d'un institut scientifique, impressionné par les proportions hors normes du sonneur, lui demanda de pouvoir récupérer son corps, à sa mort, pour en étudier le squelette. L'homme de science venait rendre des visites régulières à celui qu'il considérait comme un géant, espérant lui faire accepter sa proposition. Lassé de ses visites pressantes, le sonneur de cloche, qui ne gagnait pas très bien sa vie, accepta, la proposition en échange d'une belle somme d'argent. Le professeur était beaucoup plus vieux que lui, il pensait lui survivre, et avoir une sépulture digne de ce nom. Ravi de cette transaction, le scientifique s'écria : " à ta mort, je poserai ton squelette dans une grande châsse en verre et je mettrai dans ta main, une petite cloche. Tu seras le gardien de mes collections. " Une fois la somme empochée, le sonneur se rendit à la taverne du coin. Après avoir bu plus que de raison, il reçut un coup sur la tête et mourut, rapidement de ses blessures. Actuellement, au sein des collections du musée d'histoire naturelle de Venise, au Fondaco dei turchi, le public peut voir cet étrange squelette. La légende raconte, qu'à la nuit tombée, le squelette s'échappe du musée pour aller faire sonner la plus grosse cloche du campanile de St Marc, la Marangona. Entre fiction et réalité, la frontière s'avère tenue !


Maintenant, si vous vous aventurez jusqu'à l'entrée de l'hôpital civil, une autre anecdote vous fera frissonner, car vous pourrez la vérifier de nos propres yeux. La légende, dont je vais vous parler, est très connue des habitants du quartier. Elle remonte au XVIe siècle et à la construction de la façade de la Scuola San Marco. À cette époque, les étrangers et les juifs résidaient sur une île, la Giudecca. Ils pouvaient y résider et faire des affaires dans la ville de Venise. Mais, ils se devaient de vivre entre eux, à l'écart des vénitiens. Un jeune homme naquit d'une relation inconvenable entre une vénitienne, du quartier de Cannaregio et un marchant turc qui vivait à la Guidecca. Il grandit tiraillé entre ces deux origines. Vivant avec son père, il rendait parfois visite à sa mère. Jeune homme perturbé et violent, il avait pris l'habitude de battre sa mère, lui reprochant sa double identité. Rejeté, par chacune des communautés auxquelles il appartenait, il la tenait responsable de ses malheurs. Un jour, lors d'un accès de colère, il poignarda sa mère, et lui arracha le coeur. Terrifié par son acte, il s'enfuit, le coeur de sa pauvre mère encore battant dans sa main. De désespoir, il se jeta dans les eaux de la lagune où il disparut totalement. Cesco Pizzigani, assista, malgré lui, à la scène. Il s'agissait d'un tailleur de pierre devenu mendiant, qui, depuis la mort de sa femme, passait son temps, de jour, comme de nuit, sur les marches de la Scuola di San Marco. Du temps de sa splendeur, il avait participé à la réalisation de la façade. Mais, la maladie de sa femme, et les soins devaient lui coûter toute sa fortune. Alors, pour soulager sa peine, il restait devant le monument qu'il avait aidé à construire. Pour s'occuper, il s'amusait à graver sur les murs de nombreux dessins. Parmi eux, figure une silhouette coiffée d'un turban et brandissant dans sa main droite un coeur. Lorsque vous verrez ce dessin à l'entrée de ce qui est devenu l'hôpital civil, vous resterez perplexe ! Et oui, Venise, cache de nombreux mystères que je vous invite à découvrir sur place. À défaut, vous devrez vous procurer les livres d'Alerto Tozzo Fei.



Légendes vénitiennes et histoires de fantômes, Alberto Tozzo Fei, Elzeviro, 2006.

Mots-clés :

© 2020 Aux oubliettes de l'Histoire

Created with Wix.com

  • Facebook Black Round