Babar, une histoire de famille


  •      Babar, le roi des éléphants qui a bercé l'enfance de nombreuses générations, est né en 1931, sous la plume d'un dessinateur français, Jean de Brunhoff. Mais, rendons à César ce qui appartient à Cécile, l'épouse du dessinateur. C'est à elle que l'on doit la naissance de Babar. Il est né, au chevet, des trois enfants de Brunhoff, un soir où ils ne parvenaient pas à trouver le sommeil. Cécile eut l'idée d'inventer un conte mettant en scène l'itinéraire d'un jeune éléphant, qui en proie aux chasseurs, trouva refuge dans une ville et finit par devenir le roi des animaux.

      Il semble que l'histoire de Babar se soit construite assez naturellement. Profitant des talents de peintre de leur père, les jeunes enfants voulurent, très vite, voir le héros de leur nuit prendre forme. Et c'est ainsi que naquit Babar, l'éléphant au costume vert et à la couronne dorée. Une fois les illustrations terminées, toute la famille fut réunie autour d'un seul et même projet, faire publier le livre. Michel, le frère de Jean de Brunhoff était éditeur. Il choisit d'éditer le premier tome des aventures de Babar, "l'Histoire de Babar, le petit éléphant". Paru aux Éditions du Jardin des Modes, en grand format, le livre connu un succès immédiat.


      L'arrivée de Babar dans le monde de l'Édition marque un tournant dans le monde de l'édition pour le jeune public. La littérature jeunesse s'est alors imposée comme le nouvel "eldorado" des éditeurs. Jusqu'au XX ème siècle, on n'avait sous-estimé le potentiel d'un lectorat juvénile. On lui accordait, à tort, que peu d'importance.

  • Grâce au succès de Babar, on a pris conscience que les enfants étaient des lecteurs tout aussi exigeants que les adultes. Ainsi, Babar a permis d'offrir aux enfants des ouvrages d'une grande richesse avec des illustrations dignes de ce nom. Habitué à réaliser de grandes aquarelles, Jean de Brunhoff s'appliqua à dessiner les planches de Babar avec le même soucis du détail. On lui doit des illustrations d'une qualité exceptionnelle. Ce travail d'artiste a permis aux dessins originaux de Babar de faire leur entrée dans les collections nationales de la Bibliothèque de France, leur accordant une valeur patrimoniale sans précédent. La création de Babar se révèle donc comme une véritable histoire de famille.

     Mais, le bonheur fut de courte durée. Jean de Brunhoff devait décéder brutalement, en 1937, d'une tuberculose virulente. Sa mort marqua, durablement, les esprits de ses trois fils. Laurent, l'aîné des enfants du dessinateur, alors âgé de douze ans, choisit d'achever la mise en couleur des planches laissées par son père. Épaulé par son oncle Michel, il parvint à terminer les deux derniers livres de Babar signés par son père. Entre 1938 et 1941, devait paraître, à titre posthume, "Babar en famille", suivit de "Babar et le Père Noël". Une fois adulte, Laurent de Brunhoff, finit par reprendre, officiellement, le personnage crée par ses parents.





       L'évolution de Babar, qui va devenir père à quatre reprises, se calque sur la vie de famille des de Brunhoff. Dès que Laurent devient père, on assiste chez Babar à une nouvelle naissance. Babar et Céleste seront, donc, les heureux parents de Pom, Flore, Alexandre et Isabelle. Ainsi, Babar s'imprègne de l'air du temps. Lorsque son auteur décide de s'exiler aux États-Unis, Babar découvre l'Amérique, et part en voyage. Il va suivre un chemin parallèle qui lui permettra, au fil des années, de devenir une véritable institution.



  • Comble de la reconnaissance, il se verra inviter au musée pour y être exposé. Ainsi, dans les années 2000, deux expositions consacrent le roi des éléphants comme un personnage incontournable de l'univers enfantin, mais aussi des adultes qui ont grandis à ses côtés. Le Musée des Arts décoratifs de Paris présent au public "les Histoires de Babar", tandis que la Bibliothèque Nationale François Mitterrand, propose de découvrir les planches de dessins originaux. Cette invitation au Musée fait écho à un des albums de Babar, où le roi des animaux, et toute sa famille se rendent au musée. Ils y découvrent les fameuses toiles de Manet et Renoir. Sauf, que les personnages principaux peints par les artistes sont devenus des éléphants. On assiste là à une inversion, d'une grande habileté, de l'anthropomorphisme qui a fait le succès de la bande dessinée.

    Babar est, à présent, assez populaire pour pouvoir s'approprier l'univers des impressionnistes. Il s'agit ici de délivrer un message encouragent le public à se rendre dans les musées. L'art doit pouvoir être apprécié du plus grand nombre, il faut donc éduquer les gens à l'art, et les inviter à s'approprier les oeuvres exposées devant eux.


      De nos jours, le succès de Babar est toujours au rendez-vous. Publié en 27 langues, les 75 albums du roi des animaux se sont écoulés, dans le monde, à près de 13 millions d'exemplaires. Le dernier ouvrage est paru en 2014, sous le titre, "Babar au paradis". Son auteur Laurent de Burnhoff est âgé de 92 ans. Souhaitons lui d'atteindre l'âge de Cécile, sa mère, disparut dans sa centième année. On espère que, depuis son paradis, Babar aura encore de belles aventures à nous faire vivre. Nul ne sait si un des descendants de la famille de Brunhoff se fera le successeur de Jean et de Laurent. On peut compter sur le public pour faire vivre ce personnage attachant de notre enfance. Depuis quelques années, Babar a connu le succès au cinéma, et son passage à la 3D enchante les nouvelles générations. Preuve, s'il en est, que Babar est immortel ! Vive le roi !

      Comme le souligne, si justement la critique britannique Margaret Blunt :


  • " Babar fait ce que la plupart des petits enfants voudraient pouvoir faire. Il rejoint le monde des adultes tout en gardant les privilèges de l'enfance, cela en toute impunité… Il peut porter des vêtements d'adulte, prendre l'ascenseur, aller pêcher, conduire une voiture, épouser Céleste et devenir le roi de la jungle. Tout cela parce que sa véritable personnalité est cachée derrière une forme animale et qu'il n'est ni enfant ni adulte, mais un peu des deux."




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