Yoko Tsuno, l'héroïne de BD belge qui n'a rien à envier à Wonder Woman.


Née de l'imagination d'un illustrateur belge, Roger Leloup, Yoko Tsuno est une figure incontournable de la BD belge. Pour une raison qui m'échappe encore, elle n'a pas connu le même succès que Tintin et autre Spirou... Moins renommée en France que d'autres personnages, elle a cependant su trouver son public qui la suit depuis bientôt un demi-siècle ; preuve s'il en est de la qualité de ses aventures, croquées de main de maître par un dessinateur hors-pair. Crée dans un premier temps comme faire-valoir d'un duo masculin, elle s'est très vite imposée comme un membre à part entière du "Trio de l'étrange", pour finalement devenir, au fil des albums, le leader du groupe. Dotée d'une forte personnalité, son caractère bien trempé lui a permis d'occuper le rôle titre. Je vous invite donc à me suivre, à travers l'espace et le temps, sur les traces de Yoko Tsuno, la plus belge des électroniciennes japonaises. Ainsi, vous pourrez aisément constater qu'elle n'a vraiment rien à envier à Wonder Woman...


Les héroïnes de BD ne sont pas nombreuses, on les compte sur les doigts d'une main. Il y a, bien sûr, la princesse amazone que l'on connait tous, Wonder Woman, crée en 1941. En France et en Belgique, il y a Barbarella, crée en 1962 par Jean-Claude Forest et Natacha, l'hôtesse de l'air, crée en 1970 par François Walthéry. La même année, en 1970, Yoko Tsuno devait voir le jour dans le Journal Spirou. Personne, cependant, pas même son auteur, aurait parié un centime sur elle. Qui pouvait penser qu'une femme puisse devenir l'héroïne d'une bande-dessinée? Et bien, ils avaient tort. Ce personnage avait du potentiel, les éditeurs ne s'y sont pas trompés en encourageant Roger Le loup à poursuivre sur sa lancée, Yoko était née!

Mais, avant de vous parler de Yoko, arrêtons nous, un instant, sur le parcours de son créateur. Roger Leloup est né en 1933 en Belgique. Il a suivi des cours à l'Institut des arts décoratifs et du dessin publicitaire de Liège, avant de rejoindre les Studios Hergé en 1953. Là, auprès du créateur de Tintin, il découvre l'art de la ligne claire et le soucis du détail. Passionné par les sciences, l'automobile et l'aviation, Roger Leloup se plait à dessiner et imaginer des maquettes. Hergé apprécie le talent du jeune homme. Il le charge alors de la conception de l'avion de Carreidas, dans Vol 714 pour Sydney. Il dessinera, également, certaine planche d'avion de l'Île Noire. Roger Leloup est très friand de science-fiction. Au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, le petit garçon qu'il était avait besoin de pouvoir rêver, et s'échapper de la violence de la réalité. Il s'est alors plongé dans les récits de Jules Verne ou H G Wells. On retrouve dans l'univers de Yoko Tusno avec les machines spatiales ou les peuples extra-terrestres, cet amour de la S-F.



Toutes les innovations technologiques le fascinent également. Il se sert souvent de l'actualité pour écrire les aventures de Yoko. Le Japon est l'une des premières puissances mondiales à travailler sur la technologie et les gadgets en tout genre, ce qui l'a influencé pour donner à son héroïne des origines japonaises. En retrouve dans l'album "la forge de Vulcain" une foreuse à pétrole, ainsi qu'une plate-forme pétrolière et leurs conséquences sur l'environnement. Roger Leloup s'intéresse aussi à l'écologie. Cette thématique, très en vogue aujourd'hui, l'était déjà dans les années 70 avec le mouvement hippie et cette volonté de retourner vivre au plus près de la nature. Yoko est une pacifiste dans l'âme, elle respecte profondément toutes les formes de vie. Elle est la première à refuser le sacrifice de la vie. Devant les méchants les plus fourbes, elle se refuse à la violence gratuite. Ce qui ne l'empêche pas de mettre ses adversaires au tapis quand il le faut. Elle manie les arts martiaux, aussi bien qu'elle sait utiliser des appareils scientifiques derniers cris.

Bien que futuristes et fantaisistes, Roger Leloup propose à ses lecteurs des récits dont la crédibilité ne fait aucun doute. C'est son côté fan de sciences qui s'exprime alors. Et même si il dessine pour la jeunesse, jamais aucune des aventures qu'il décrit n'est véritablement improbables. Tout ce qu'il suggère est scientifiquement plausible. Il a conscience que la jeunesse a besoin de divertissement, mais aussi de s'instruire. Cultiver la curiosité des jeunes est très important. Il sait combien les lectures de jeunesse ont une influence sur tous les adultes en devenir. Comme il le dit lui même, « c'est pour les enfants que je travaille et toutes les personnes qui ont su garder leur âme d'enfants. La jeunesse a besoin de rêve et d'idéal, pas de violence. »

Yoko Tsuno est donc dotée d'un père dessinateur pétrit de bonnes intentions, inspiré par ses nombreuses passions qu'il a su mettre au service d'une oeuvre d'une grande richesse stylistique. Et c'est tout naturellement que notre jeune électronicienne japonaise s'est imposée dans l'imaginaire débordant de son créateur. Après avoir travaillé auprès d'Hergé, Roger Leloup a pris son envol et s'est mis au service du journal de Spirou. Les Éditions Dupuis souhaite proposer une nouvelle série à ses lecteurs, toujours plus nombreux et exigeants. On confie alors à Roger Leloup le soin d'imaginer un nouveau projet. Au même moment, le pauvre dessinateur est au plus mal. Victime d'une grosse bronchite, il se désespère de trouver une histoire à raconter. Il puisse donc dans ses souvenirs d'enfance, et ses lectures futuristes.


Il dessine un duo, Vic et Pol, l'un est réalisateur pour la télévision et le second est preneur de son. En quête d'un reportage sensationnel, ils font la connaissance d'une scientifique japonaise, Yoko. Le trio part faire une exploration marine quand ils se retrouvent au contact d'une civilisation extra-terrestre. Un peuple à la peau bleue venu d'une lointaine planète. Il s'agit des Vinéens. Leur planète Vinéa a été victime d'une explosion solaire qui les a contraint de fuir vers une autre planète, la Terre. De cette rencontre naîtra une solide amitié entre le trio et ces étranges humanoïdes bleus. Le scénario est original, il plait aux éditeurs qui encouragent Roger Leloup à réaliser d'autres planches de dessins. Au fil du temps, ce trio va voler en éclat pour laisser Yoko s'imposer. Ce sera alors le début des aventures de Yoko Tsuno, secondée par Vic et Pol. Chacun occupe une place à part dans la BD, Vic est l'ami protecteur, Pol le gaffeur gentil et Yoko, la femme forte.



Jamais il ne sera question d'aventure amoureuse pour notre héroïne, car Roger Leloup avait dans l'idée de proposer un modèle pour les petites filles, et non pas un objet de fantasme pour les jeunes garçons. La vie amoureuse de Yoko n'apparaît donc pas dans la BD. Pour autant, elle va adopter une petite chinoise, Rosée du Matin, rencontrée lors de l'album, le Dragon de Hong-Kong. Il s'agit ici d'un clin d'oeil à la vie privée de l'auteur qui, en 1973, a adopté, avec son épouse, une petite coréenne.

Quant à la création du peuple extra-terrestre des vinéens, Roger Leloup s'est rappelé d'un épisode de sa jeunesse pour donner vie à ces êtres d'une drôle de couleur. Les Schtroumpfs de son ami le dessinateur Peyo n'y sont pour rien! La vérité est ailleurs! Lors d'une interview, Roger Leloup a livré le secret qui entoure ce peuple bleu venu d'ailleurs.

" Mes parents tenaient un salon de coiffure, on y trouvait une vieille publicité en carton découpé représentant une naïade avec un ballon au-dessus de la tête, de la marque Nivéa. Petit, en invertissant les lettres j'en avais fait Vinéa. Elle était décolorée par le soleil, et la peau de la jeune fille était bleue. J'imaginais qu'en utilisant cette crème, la peau se colorait en bleu. En créant les Vinéens, je me suis souvenu de cette anecdote. Et Vinéa c'était un beau nom de planète, non? "


Voilà, vous savez tout sur l'univers de Yoko Tsuno, une héroïne fascinante dont les aventures n'ont pas finies de vous surprendre. En attendant le 29 e album en préparation, je vous invite à découvrir les albums déjà sortis. Le dernier en date est paru en 2017, sous le titre: " le temple des immortels". Au fil du temps, il semble que Yoko Tsuno est finie par devenir immortelle auprès du public qui la suite depuis 1970, en espérant qu'elle inspire à son créateur encore bien des aventures à travers l'espace et au-delà...







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