Félix Nadar, voyage d'un trublion au pays de la photographie


  • Félix Tournachon, dit Nadar, est né en 1820. Tour à tour, caricaturiste, écrivain, aéronaute et photographe, il a photographié son époque avec un appétit insatiable. Résolument tourné vers l'avenir, c'était un homme moderne, adepte de toutes les inventions de son siècle. Touche à tout de génie, il a su marquer ses contemporains par une personnalité joviale et farfelue. Comme tous les êtres dominés par la passion, rien ne pouvait l'arrêter. Son tempérament, c'était de suivre son instinct et de n'en faire qu'à sa tête. Pour autant, c'était un homme talentueux et travailleur.

     Félix Tournachon s'est très vite intéressé à la photographie. Il a vu dans cette invention, pourtant initialement destinée à la science, de grandes perspectives. On retient l'année 1839 comme date officielle de l'invention de la photographie. Il s'agit, en fait, de l'année où le député François Arago présenta le daguerréotype, une version améliorée de l'invention de Nicéphore Nièpce par Louis Daguerre, devant les députés à l'Académie des Sciences à Paris. Imaginé comme un instrument d'observation de la nature, ses premières utilisations se limitaient au domaine médical ou à l'analyse du mouvement. À ce sujet, on peut citer le travail d'Eadweard Muybridge, un photographe américain, spécialisé dans la décomposition du mouvement et plus précisément celui d'un cheval au galop. Ce qui lui permit de mettre au point en 1879, une nouvelle machine, le zoopraxiscope. Un jouet optique faisant défilé les images comme s'il s'agissait d'un film, un avant-goût de la future invention des Frères Lumière.

  •     Le premier à s'intéresser à la photographie pour réaliser des portraits, ce fut le photographe français, André Adolphe Eugène Disdéri. La peinture était l'art, par excellence, pour se faire portraiturer. La photographie était vue comme une pâle imitation de la peinture. Dès sa création, elle fut présentée comme un décalque du réel, un procédé mécanique parfaitement transparent et objectif. Elle était ce que Henri Fox Talbot appellait "the pencil of nature". Ce qui trahit la réalité dans un tableau, c'est l'intervention du peintre, qui installe une subjectivité. Pour autant, les photographies sont loin d'être dépourvues de subjectivité. Elles sont produites et construites par l'intervention humaine. C'est la personnalité du photographe qui leur donne une identité propre avec un cadrage, une lumière et un regard sur le monde.

     Disdéri ouvrit à Paris en 1854, le plus grand studio de photographie du pays. La même année, il déposa un brevet pour son invention du portrait-carte. Il avait réussi à améliorer le daguerréotype en inventant, lui-même, un nouvel appareil au collodion humide pouvant reproduire six clichés sur la même plaque de verre. Ses photographies étaient moins coûteuses que celles réalisées par le daguerréotype, on pouvait prendre plusieurs photos en une seule prise. Ce système démocratisa le portrait photographique. Tout le monde se devait d'avoir un portrait carte à son effigie. Comprenant qu'un nouveau marché venait de voir le jour, Félix Tournachon entrepris d'ouvrir son propre studio. Bénéficiant d'un solide réseau de connaissances, il se lança dans l'aventure photographique.



    Félix Tournachon se fit d'abord connaître du grand public en réalisant des caricatures dans de nombreux journaux satiriques, en vogue, à l'époque. Il se lança, tout d'abord, seul en créant sa propre revue, "le livre d'or". Ce fut un échec. Doué pour le dessin, il se mit alors à travailler comme caricaturiste. Dans les années 1840, il réalisa des dessins pour le Charivari et le Petit Journal du rire. Il signait ses planches à dessins sous le nom de Nadar. Ce pseudonyme lui venait de ses amis artistes le surnommaient « Tournadar » à cause d'une mode répandue dans la jeunesse rebelle d'ajouter à la fin de certains mots la terminaison « dar ». De Tournadar à Nadar, il n'y avait qu'une syllabe qui fut vite abandonnée.



     Il se maria, en 1854, avec Ernestine Constance Lefèbvre et se mit à son compte comme photographe. Brouillé avec son frère, Adrien Tournachon, qui se faisait également appelé Nadar le jeune, Félix lui intenta un procès. En 1857, Félix Nadar obtint d'être le seul à pouvoir user de ce pseudonyme, que son fils Paul, put reprendre, à son compte, par la suite. Nadar se plaçait en concurrence directe avec Disderi. Ce fut pourtant son nom que l'on retint. Sans doute du fait de sa personnalité atypique. Car, il ne se contenta pas de devenir un portraitiste de renom. Il avait plusieurs cordes à son arc, c'est peu de le dire.


  • Le tout Paris se pressait au studio de Nadar pour se faire tirer le portrait. C'était un photographe bienveillant qui valorisait son modèle. Il cherchait toujours la pose la plus naturelle et essayait de mettre les personnes en confiance. La lumière était diffusée de telle sorte à sembler naturelle et mettre en valeur le visage. Il réalisa, ainsi, les portraits d'inconnus comme des gens célèbres. Il parvint même à faire un portrait du poète Baudelaire, pourtant vif opposant de l'invention photographique. En effet, Charles Baudelaire considérait l’âge de la photographie comme celui de la mort de Dieu, "car elle initie à une religion de substitution, avec une foi, un credo et un messie. La triviale image remplace la divine peinture." Il fit également une série de photographies de Sarah Bernhardt en 1864, alors qu'elle était encore peu connue. Glamour et sans ombre, ce portrait nous rappelle les célèbres photos du studio Harcourt.



    Nadar ne pouvait se limiter à réaliser des portraits. Ce n'était pas dans sa nature de rester en place et profiter de ses lauriers de photographe de renom. Avant de se faire construire un nouveau grand studio au 35 Boulevard des Capucines, il réalisa une série de photographies aériennes. Friand amateur des inventions de son temps, il s'était pris de passion pour les vols en ballons.

  • En 1858, il réalisa près de Paris, la première photographie aérienne, depuis un « vol captif » à 80 mètres au-dessus du Petit-Bicêtre. Les images furent publiées dans de nombreux journaux. Pour la première fois, les hommes voyaient la capitale française depuis le ciel.




     Il semble que rien n'ait jamais fait peur à Nadar. Il était prêt à toutes les folies. Une fois la conquête des airs réalisée, il se mit en tête de photographier les entrailles de Paris.

  • À partir de 1859, il expérimenta des prises de vue à l'éclairage artificiel. En 1861, il déposa un brevet pour son invention, le flash au magnésium. Il effectua alors, en 1862, une série de photographies dans les égouts parisiens, avant de s'aventurer dans les catacombes, en 1865. Le seul soucis de ce nouveau procédé, le temps de pose dépassait les 20 minutes. Il ajouta des mannequins à la place des vrais égoutiers, leur épargnant l'attente d'une longue pose.

    Nadar était très apprécié de ses contemporains. En vieillissant, il conserva son insatiable curiosité. On pouvait voir pétiller dans ses yeux, la folie de sa jeunesse. Il finit ses jours en 1910, non sans avoir été célébré par ses compatriotes. Il reçut les hommages de la nation par une rétrospective de son oeuvre, organisée à l'initiative de son fils Paul, lors de l'Exposition Universelle de 1900. Qui d'autre que ce grand innovateur aurait pu être fêté alors qu'un nouveau siècle s'annonçait ?

  • Nadar est à présent devenu un photographe de légende. Souvent associé à ses portraits, il est intéressant de se rappeler de ses brillantes innovations. Dans les airs ou sous terre, il a su faire tomber toutes les barrières qui s'élevaient devant son objectif.




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